« Mourir en prison est inacceptable »

Publié le 23/11/2012
France
 

Pour la quatrième année consécutive, le Secours Catholique et plusieurs associations ont rendu hommage à ceux qui meurent en prison. Des morts inacceptables.

« Jérémie, 25 ans, suicide par pendaison ; Christine, 53 ans, pendaison ; Janis, 42 ans, pendaison… » Quatre-vingt-huit prisonniers se sont suicidés durant les neuf premiers mois de l’année. Leurs prénoms ont été lus jeudi 22 novembre, place du Palais-Royal à Paris par plusieurs personnalités dont Antoine Lazarus, président de l’Observatoire international des prisons et Claudine Bouygues, adjointe au maire de Paris en charge des droits de l’homme.

Aux suicides s’ajoutent 44 morts en prison dues à la maladie ou à la vieillesse. Le phénomène est qualifié de « catastrophe humanitaire » inacceptable par le collectif d’associations [1] qui organise le rassemblement. Le Secours Catholique y participe activement au nom de son « attachement à la vie dans tous ses aspects » et à la dignité de toute personne humaine. Plusieurs responsables de l’association étaient présents à cette manifestation du Palais-Royal.

« Inacceptables » suicides : leurs causes sont connues et pourraient être mieux prises en compte. Il y a la peur d’un jugement prochain, d’une sortie sans aucune perspective, selon un aumônier de prison ; la souffrance inexprimée faute d’écoute, selon Jean Caël, responsable du département prison-justice au Secours Catholique.

L’option « tout sécuritaire » de ces dernières années n’a pas fait assez de place aux peines alternatives en dehors des prisons ni même à l’écoute en prison. La loi Kouchner permet une suspension de peine pour les détenus dont la vie est en jeu ou dont la maladie est incompatible avec l’incarcération. Cette loi est insuffisamment appliquée : « elle permet quelques dizaines de libérations par an alors qu’il en faudrait des centaines », déplore Jean Caël.

Hôpitaux psychiatriques

Les associations demandent le placement en cellules individuelles pour faire baisser la violence, la désespérance ; elles soulignent la nécessité d’une prise en charge hospitalière des malades mentaux et celle d’un meilleur suivi des autres malades. Au total, 35 à 42 % des personnes détenues sont malades, selon les chiffres des ministères de la Santé et de la Justice. Et c’est justement à une meilleure collaboration entre ces deux administrations qu’en appellent les associations présentes au Palais-Royal. L’objectif étant de dégager de vrais moyens pour la santé physique et mentale des détenus.

Par ailleurs, les nouvelles prisons « tout sécuritaire » privent les détenus de relations humaines. « Quand il n’y a personne à qui dire sa souffrance, la violence (contre les autres ou contre soi-même) devient un mode d’expression », prévient Jean Caël.

« Toute femme et tout homme, quoi qu’il ait fait, conserve cette part d’humanité que nous voulons honorer », ont proclamé les militants réunis place du Palais-Royal.

 

>> Lire aussi l’interview ci-dessous d’Étienne Migliorino.
Ancien infirmier à la prison de Fresnes, formateur en soins infirmiers et diacre, Étienne Migliorino a été initiateur en 2009 du mouvement interassociatif contre la mort en prison. Il est l’auteur de : Infirmier en milieu carcéral. Accompagner, soigner, réinsérer (Éd. Masson, 2009).

Notes:

[1] Farapej (Fédération des associations réflexion-action prison et justice), Genepi (étudiants proposant des activités culturelles et scolaires en prison), Secours Catholique, Emmaüs France, Cimade, Observatoire international des prisons, Association David et Jonathan, collectif Les Morts de la rue.

François Tcherkessoff
crédit : Jean-François Joly/Secours Catholique
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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