Palestine : la loi du marché

Palestine : la loi du marché

Publié le 10/09/2017
Palestine
 

Depuis 2011, l’association Adel, partenaire du Secours Catholique, développe un réseau de vente directe 100% palestinien. Imane Turkman, 30 ans, a rejoint l’aventure il y a deux ans en se lançant dans le maraîchage agro-écologique.

Depuis les hauteurs d’Al nassariya, village palestinien situé au nord-est de Naplouse, on aperçoit, à perte de vue, les montagnes arides de la vallée du Jourdain. Ici, ce n’est pas le désert mais presque. Un sol caillouteux, parsemé de buissons secs et de touffes d’herbe cramée, grimpe jusqu’au sommet de coteaux rocheux.

Dans cet environnement, on a du mal à comprendre comment Imane Turkman, 30 ans, a eu l’idée de se lancer dans le maraîchage agro-écologique. La question fait rire la jeune Palestinienne. L’idée ne vient pas d’elle mais de l’association Adel, partenaire du Secours Catholique, qui promeut le commerce équitable en Palestine.

 

C’était en 2015. Rima Younes et Jihad Abdo, responsables d’Adel, cherchent à l’époque des volontaires dans la région pour expérimenter une technique de culture écologique imaginée par Saad Darer, un ingénieur agronome palestinien. Ils sollicitent essentiellement les femmes, l’association faisant de l’accès au travail un outil d’émancipation féminine.

Lorsque Rima et Jihad débarquent un beau jour à Al nassariya pour exposer leur projet farfelu, Imane veut y croire. Elle sort d’une longue hospitalisation après une opération de la jambe et a de l’énergie à revendre. « Et puis, j’ai toujours aimé les idées nouvelles », dit-elle.

Les autres femmes du village sont réticentes. Qu’importe, Imane se lance seule. Fille d’agriculteur, elle connaît le travail de la terre. Avec l’aide d’Adel, elle monte une serre de 270 m2.
 

Moi j’appelle cela l’agriculture paresseuse.

Imane Turkman.

La technique élaborée par Saad Darer consiste à creuser des tranchées de 40 cm de profondeur sur un mètre de large, à les tapisser de débris de bois et de carton, puis à y superposer du fumier, de la terre, du compost et du charbon, avant de recouvrir le tout d’une épaisse couche de foin.

« Ce mélange agit comme une éponge qui maintient l’eau concentrée dans la tranchée, explique Imane. Au dessus, le foin protège du soleil, empêche les mauvaises herbes de pousser et limite l’évaporation. Ainsi, on profite de chaque goutte d’eau. »

24 variétés de plantes

Deux ans plus tard, le résultat est impressionnant. La jeune femme enjambe les plants de tomates, concombres, basilic, choux-fleurs, pastèques, radis, oignons, brocolis… Vingt quatre variétés de plantes sont cultivées sur 3000 m2, sans pesticides ni engrais chimiques. « Le principe est de laisser vivre la terre », précise Imane. Avec malice, elle ajoute : « Moi j’appelle cela l’agriculture paresseuse. »

 

Au fil des mois, au fur et à mesure que le projet se concrétisait, cinq autres femmes du village l’ont rejointe. Cette réussite est une victoire pour la jeune agricultrice. « La première année, personne n’y croyait. On me traitait de folle. À un moment, j’étais au milieu du gué, je ne savais plus si je devais avancer ou reculer. »

Dans ces moments-là, le soutien de Rima Younes et Jihad Abdo a été primordial. « Nous lui rendions souvent visite depuis Ramallah pour la rassurer et vérifier que tout allait bien », raconte Jihad.

Boutique et marchés

Le regard des villageois a fini de changer lorsqu’ils ont constaté qu’Adel tenait sa promesse de venir chaque semaine récupérer la production de fruits, légumes et plantes aromatiques pour la vendre dans leur boutique et sur les marchés, à Ramallah et Bethléem.

La commercialisation est l’autre pendant du projet de l’association. « Beaucoup d’initiatives des autorités ou d’ONG ont échoué parce que cette question n’avait pas été pensée, souligne Jihad. On donnait une vache au paysan, mais il n’arrivait pas à vendre le lait. Comment concurrencer les gros producteurs israéliens ? C’est impossible. » 

 
Palestine : la loi du marché
Dans la boutique d'Adel, à Ramallah.
 

Pour résoudre ce problème, Adel a créé en 2011 un réseau de vente direct, 100% palestinien, qui fonctionne selon le principe du commerce équitable.

La clientèle n’a pas été difficile à trouver, assure Rima Younes : « Il existait une demande de la part de familles qui ont les moyens, de consommer des produits sains et locaux. »

Effectuant des études de marché et écoutant les souhaits exprimés par les clients, l’association a peu à peu étoffé son catalogue. Le réseau, qui comprend 400 producteurs et 1000 consommateurs réguliers, propose aujourd’hui plus de 140 produits. 

Benjamin Sèze.
Crédits photos : ©Elodie Perriot / Secours Catholique
Trois hommes admirent leur récolte de salade
Plus d'informations
Économie solidaire
# sur le même thème