Pauvreté : la Banque mondiale annonce un reflux

Publié le 02/03/2012
Monde
 

Le 29 février, une étude publiée par la Banque mondiale affirme que la pauvreté a reculé dans le monde sur la période 2005-2008. Une analyse à laquelle le Secours Catholique apporte quelques bémols.

Selon une étude publiée mercredi 29 février par la Banque mondiale, le nombre d’Africains touchés par l’extrême pauvreté a reculé pour la première fois depuis une trentaine d’années.

« Pour la première fois depuis 1981, indique l’institution dans un communiqué, moins de la moitié de la population vivait, en 2008, sous le seuil de 1,25 dollar par jour ». En 2008 donc, 47 % des Africains se trouvaient sous ce seuil de 1,5 dollar par jour (seuil réévalué en 2005, il était de 1 dollar jusque-là) contre 52 % trois ans plus tôt.

Un des Objectifs de développement pour le millénaire atteint

Dans l’ensemble des pays en développement de la planète, la proportion de personnes vivant dans une pauvreté extrême était de 22,4 % en 2008 contre 25,1 % en 2005, soit une différence de 100 millions d’individus.

La Banque peut en conclure que « le premier Objectif de développement pour le millénaire (OMD) – réduire de moitié à l’horizon 2015 par rapport à 1990 le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté – aura été atteint avant l’échéance de 2015 ».

Des chiffres qui ne prennent pas en compte une amélioration qualitative

Jacqueline Hocquet est circonspecte. Pour la responsable de l’animation et du plaidoyer internationaux au Secours Catholique, cet alignement de chiffres ne prend pas en compte une amélioration qualitative. « Les crises alimentaires pendant cette période, dit-elle, se sont succédé et les prix ont beaucoup augmenté. »

« La Banque mondiale est chargée de collecter des fonds et de les redistribuer, poursuit Jacqueline Hocquet. Pour cela, elle impose aux États, auxquels elle prête de l’argent, d’opérer des plans d’ajustement structurels, ce qui les oblige à réduire des dépenses sur des secteurs aussi importants que la santé ou l’éducation. »

La Banque mondiale est une institution rattachée aux Nations unies. Or, c’est l’Organisation des Nations unies qui en 1990 a initié les OMD. Si aucun n’est atteint en 2015, ces objectifs pourraient tomber en désuétude.

Ces progrès sont peu ressentis sur le terrain

Dans un entretien publié le 3 mars dans le journal Le Monde, l’ancien directeur de l’Action internationale du Secours Catholique reste, lui aussi, prudent devant les chiffres publiés par la Banque. Pour Daniel Verger, aujourd’hui directeur exécutif de Coordination Sud, une organisation qui regroupe 130 ONG humanitaires françaises, ces progrès sont peu ressentis sur le terrain.

La pauvreté a peut-être régressé dans les calculs, notamment grâce à la croissance économique de l’Asie, mais la pauvreté se définit aussi « par la place que l’on tient dans la société. Or la pauvreté est souvent synonyme de non-reconnaissance sociale et d’absence de respect de l’individu, confie M. Verger au quotidien du soir. De ce point de vue, les inégalités se sont aggravées en Asie, même en Afrique, continent qui cumule inégalités et pauvreté persistante. Sans oublier l’Europe. »

Statistiques éliminées des radars

Daniel Verger ajoute également que « si aujourd’hui la Banque mondiale publie des résultats encourageants, c’est aussi parce que sont éliminés des radars les pays où il n’y a pas de données statistiques, comme la Somalie ou la République démocratique du Congo ».

 

Jacques Duffaut (avec AFP)
© Kyodo/Maxppp
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