Pérou : le droit à l’eau bientôt constitutionnel ?

Publié le 01/08/2012
Pérou
 

Le président péruvien, Ollanta Humala, a proposé, le 28 juillet dernier, une réforme constitutionnelle pour le droit à l’eau, alors que des conflits sociaux liés au développement de l’industrie minière déchirent le pays. Les partenaires péruviens du Secours Catholique soutiennent ces mouvements sociaux.

À l’occasion de premier anniversaire de son investiture, le président péruvien, Ollanta Humala, s’est engagé, le 28 juillet, à «  n’autoriser aucun projet d’extraction minière qui puisse exposer la population à la pénurie d’eau ou qui ne respecte pas les critères d’eau potable. » Cette déclaration s’inscrit dans un contexte difficile de conflits sociaux et environnementaux liés à l’implantation de projets d’extraction à travers le pays. Selon l’Observatoire du peuple, la première année de mandat de Humala a été marquée par 247 conflits sociaux qui ont fait 17 morts, quelque 2300 blessés et qui ont conduit par trois fois à l’instauration de l’état d’urgence. Dernièrement, le président a décrété, le 5 juillet, l’état d’urgence pour 30 jours dans les régions de Celendin, Hualgayoc et Cajamarca où des manifestations ont lieu contre le projet minier de Conga. Ce projet de mine d’or et de cuivre est le plus grand investissement minier du Pérou (4,8 milliards de dollars). Il doit sacrifier quatre lacs-réservoirs d’altitude pour les remplacer par des lacs artificiels.

Des promesses non tenues

Selon Sintha Marche, chargée de projet au Secours Catholique, cette annonce est « un leurre » pour apaiser les tensions sociales. Par ailleurs, celle-ci pense que le président ne pourra pas décider d’une telle réforme sans le Congrès, le parlement péruvien. Quant au bilan de la première année de son mandat, Sintha Marche l’estime décevant : « Humala a fait beaucoup de promesses mais il reste dans la continuité du président précédent », en menant une politique privilégiant l’industrie extractive. Les analystes péruviens font le même constat amer. Ces derniers estiment que, alors qu’il avait promis « l’or et l’eau », « le président Ollanta Humala est pris en étau entre conflits sociaux et environnementaux et le développement de l’industrie minière au cœur du boum économique du pays. » Toutefois, Sintha Marche salue l’idée de réformer la constitution en faveur du droit à l’eau et préfère y voir une lueur d’espoir pour les populations dont les vies sont menacées par l’industrie extractive.

Le Secours Catholique et ses partenaires péruviens, qui soutiennent les mouvements sociaux, demandent au président de « mettre fin à la répression militaire de ces mouvements. Par ailleurs, ils lui demandent de tenir ses engagements en termes de lutte contre la pauvreté et de répartition des richesses et, de clarifier sa position sur les concessions minières. »

 

(avec AFP)
©Francisco Vigo/EFE/MAXPPP
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