Planète : l’alimentation menacée par le dérèglement climatique

Publié le 15/10/2014
Planète : l’alimentation menacée par le dérèglement climatique
 

Pourquoi le Secours Catholique doit-il s’engager pour limiter la crise climatique ?

L’une des causes structurelles de l’insécurité alimentaire, du manque de financement pour le développement et des flux migratoires – phénomènes contre lesquels lutte le Secours Catholique - est le dérèglement climatique.

Pour notre association, il y a urgence à agir. D’abord parce que le prochain accord mondial sur le climat, qui fera suite au Protocole de Kyoto, devra voir le jour à Paris en 2015 lors de la 21ème conférence des parties (COP21) de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) mais aussi parce la fenêtre de tir pour infléchir l’augmentation des températures se resserre, et que les années à venir sont cruciales.

Notre association a donc un rôle à jouer pour influencer les décideurs à choisir des solutions respectueuses des plus pauvres.

600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire à cause du changement climatique d’ici 2080

Pourquoi la question de la sécurité alimentaire doit-elle avoir une place plus importante dans les négociations ?

Si aucune décision ambitieuse n’est prise pour limiter le réchauffement de la planète, la sécurité alimentaire, notamment des pays du sud, sera mise en péril. D’ici 2080, 600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire à cause des changements climatiques. Si l’on continue par exemple d’être sous une telle contrainte climatique, les prix des produits alimentaires risquent d’être multiplié par 20 ou par 30 dans les années à venir.

Pour garantir le droit à l’alimentation, il faut se baser sur un modèle durable, refondre les modèles agricoles car les actuels sont en inadéquation avec les questions climatiques et d’accès à l’alimentation.

Cependant la question agricole n’est abordée dans les négociations qu’en terme de production et non d’accès à l’alimentation. Or on sait que la faim n’est pas un problème de quantité - il y a suffisamment de ressources sur terre pour nourrir toute la planète - mais d’accès des populations à la nourriture.

Vous étiez à New-York à la fin septembre pour le Secours Catholique afin d’assister à plusieurs évènements sur le climat. Quel bilan en faites-vous ?

J’ai assisté au sommet sur le climat organisé par Ban ki Moon le 23 septembre et qui rassemblait pour la première fois depuis 2009 tous les dirigeants mondiaux. J’ai pu discuter dans les couloirs avec les négociateurs de certains pays comme l’Irlande, les pays insulaires ou encore avec des représentants du gouvernement français. Cela a été l’occasion de réaffirmer nos craintes, notamment quant au lancement de l’alliance globale pour une agriculture intelligente face au climat, et de rappeler l’importance de politiques climatiques justes et cohérentes avec le développement des plus vulnérables.

J’ai également participé à la grande marche pour le climat, le 21 septembre, qui a réuni plus de 700 000 personnes dans le monde dont 300 000 à New-York. Pour la première fois, de simples citoyens se sont mobilisés sans que ce ne soit sous l’égide d’une ONG, d’un parti ou d’un syndicat. Des scientifiques, des victimes de catastrophes naturelles, des stars hollywoodiennes, des mouvements religieux, etc. ont marché côte à côte pour réclamer des mesures ambitieuses contre le réchauffement climatique.

Trente leaders religieux réclament d’une seule voix un accord ambitieux

Les religions s’emparent de la question. Vous avez d’ailleurs assisté au sommet interreligieux sur le climat du 21 au 22 septembre. Pourquoi les leaders religieux doivent-ils se prononcer sur cette question ?

Depuis longtemps, des organisations confessionnelles assistent aux négociations sur le climat. Ce n’est donc pas nouveau. Mais cette fois, plusieurs représentants de différentes religions se sont alliés pour faire une déclaration politique et ambitieuse. Ils ont un rôle à jouer au sein de leur communautés afin d’interpeller les décideurs et d’éduquer à la question du développement durable.

Le cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, président de Caritas Internationalis, était présent pour témoigner de l’impact du changement climatique sur les communautés que le réseau Caritas aide. Les leaders religieux ont appelé à la création d’un accord ambitieux et contraignant à la COP21. C’est un appelfort car il réunit trente leaders religieux qui parlent d’une seule voix.

Par ailleurs, je rappelle que le Pape François prépare une encyclique sur l’écologie pour le mois de mars.

Vous assisterez à la prochaine conférence des parties (COP20) à Lima du 1er au 12 décembre prochain. Quel en sera l’enjeu ?

L’enjeu principal est de préparer l’accord de Paris. Par ailleurs, cet accord sera signé en 2015 mais ne prendra effet qu’en 2020. A Lima, il faudra donc définir la période pré-2020 car on ne peut pas se permettre d’attendre pour agir.

Des évènements interreligieux seront organisés en parallèle de la conférence sur la question du climat et un sommet des peuples organisé par la société civile aura lieu du 9 au 12 décembre afin d’apporter des solutions. Jean Vettraino, chargé de plaidoyer droit à l’alimentation et sécurité alimentaire au Secours Catholique, et moi y participerons.

Propos recueillis par Clémence Véran-Richard

Crédit photo : © Lionel Charrier - M.Y.O.P. / Secours Catholique
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