Portugal : au cœur d’un quartier touché par la précarité

Publié le 19/12/2013
Portugal
 

Dans une banlieue lointaine de Lisbonne, Caritas Portugal gère un immense centre offrant différents services, du jardin d’enfants aux activités pour les personnes âgées, que chacun paie en fonction de ses revenus. Une initiative salutaire dans un pays touché par des mesures d’austérité drastiques.

En ce matin doux de novembre, les rues de Bela Vista sont calmes. Ici, pourtant, ont éclaté en 2009 de violentes émeutes après la mort d’un jeune homme tué par la police. C’est au cœur de ce quartier le plus défavorisé de Setùbal, une ville ouvrière et industrielle à une trentaine de kilomètres de Lisbonne, qu’a ouvert en 2002 un impressionnant édifice géré par Caritas.

Crèches, jardins d’enfants, “repêchage” des élèves en décrochage scolaire, formation professionnelle, activités pour les personnes âgées… Ce centre est destiné à tous, « de la naissance à la mort », selon la formule de Magdalena, l’énergique secrétaire de direction de la Caritas locale, véritable mémoire de l’ONG.

Une structure atypique

À peine la porte poussée, les rires et les cris d’enfants accueillent le visiteur. « Ici ce sont les bébés, là les petits, et enfin les plus grands », explique Magdalena en passant devant une succession de salles où des bambins de tous les âges sont occupés à manger, chanter, dormir ou jouer.

Passée la joyeuse pagaille, l’ambiance est plus calme. « Bienvenue dans l’espace réservé aux personnes âgées, annonce Magdalena en arrivant au premier étage. Caritas va les chercher chez elles chaque jour et les conduit ici. » On déjeune tous ensemble, on discute au petit café dont la terrasse surplombe le quartier, et les plus vaillants font même du taï chi deux fois par semaine avec un professeur bénévole – de précieux moments d’échanges pour ces personnes souvent isolées.

Cette atypique structure fonctionne grâce à un partenariat avec l’État, qui prend en charge une partie des salaires des travailleurs du centre. « Le reste est payé par les usagers en fonction de leurs revenus et les plus pauvres ne paient rien », précise Magdalena. Un système salutaire pour les habitants.

Sorti de terre dans les années 1960, le quartier Bela Vista a d’abord été occupé par les ouvriers venus du sud du pays pour travailler dans l’industrie navale alors florissante, rejoints bientôt par les populations des colonies devenues indépendantes à partir de 1974. Puis « l’industrie a périclité, des conflits sont apparus entre les communautés et les difficultés ont commencé », relate Magdalena.

475 euros mensuels

Quarante ans plus tard, les maux se sont encore aggravés : dans ce pays en crise, si le chômage est en baisse (16,5 % en octobre), l’emploi précaire s’est, lui, massivement développé et nombreux sont les travailleurs qui gagnent moins que le salaire minimum, 475 euros mensuels. « Nous avons de plus en plus de demandes et de moins en moins de moyens », soupire Magdalena.

Travailleurs sociaux et bénévoles ne comptent pas leurs heures pour répondre aux besoins. Au centre d’“appui à la vie”, elles sont trois à se démener pour accompagner les mères adolescentes, souvent délaissées par les pères et rejetées par leur famille. « Il s’agit de les préparer à la venue du bébé, de les aider à reprendre leurs études et surtout à construire un projet de vie », explique Magdalena.

Il y a cinq ans, la vie de Filipa, 23 ans, a basculé : enceinte, elle a dû arrêter ses études. Aujourd’hui, pendant que sa petite fille est gardée au jardin d’enfants du centre, elle suit à quelques mètres de là une formation multimédia dispensée par Caritas qui lui permet de se projeter dans le métier de ses rêves : photojournaliste.

« Pendant la construction du centre, les habitants disaient : “un bâtiment comme celui-ci, ce ne sera pas pour les pauvres !” se souvient Magdalena. Dix ans plus tard, jamais personne ne nous a fait un trait sur un mur. Les gens savent que nous sommes là pour eux et leurs enfants. »

Marina Bellot
© Sébastien Le Clézio/Secours Catholique
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