Portugal : toute la communauté catholique mobilisée face à la crise

Publié le 20/01/2014
Portugal
 

En un an, les demandes d’aide auprès de Caritas Portugal ont augmenté de moitié. L’ONG, qui travaille en réseau avec les paroisses du pays, cherche plus que jamais à impliquer l’ensemble de la communauté catholique.

Travailler mais ne pas manger à sa faim. Voilà la réalité à laquelle sont confrontés chaque jour davantage de Portugais, dans un pays où « les mesures d’austérité touchent les classes moyennes et les pauvres de plein fouet », selon le président de Caritas Portugal, Eugenio Fonseca.

Malgré la richesse de son patrimoine, Evora, dont le centre regorge de vestiges romains et de palais médiévaux et Renaissance, n’est pas épargnée par la crise. Dans cette ville universitaire de 50 000 habitants, au sud de Lisbonne, Caritas travaille en lien étroit avec toutes les paroisses du diocèse. Au total, grâce à cette mobilisation, ce sont pas moins de 1 700 familles qui sont aidées.

“Bazar solidaire”

En route pour l’une des églises les plus importantes de la ville, Georges est interrompu dans sa marche tous les dix mètres. Chacun ici sait qu’il est responsable du “bazar solidaire”, un programme expérimenté par Caritas dans la paroisse de ce quartier résidentiel.

L’idée est à la fois simple et originale : Caritas donne à chaque famille un crédit, calculé selon ses revenus et ses besoins, sous forme de dracmas – drachmes, en français, du nom de cette monnaie grecque à laquelle la Bible se réfère. Avec ces dracmas, les familles peuvent faire leurs courses, comme dans un vrai supermarché, dans une salle où sont entreposées les denrées, au fond du local de la paroisse. « C’est une monnaie symbolique, commente Georges, pour que les gens prennent conscience de la valeur de ce qu’ils reçoivent et dépensent, et qu’ils soient acteurs de leur vie. »

Thon en boîte, huile d’olive, biscuits, couches… Tout ce que l’on trouve sur les étagères est collecté lors de l’office du dimanche. Et les élèves de l’école catholique voisine sont régulièrement sollicités pour apporter du lait, des pâtes ou du riz, selon les besoins du moment. Il s’agit d’impliquer l’ensemble de la communauté catholique, car les demandes d’aide affluent.

Au bazar ce jour-là, une jeune femme explique combien l’aide de Caritas lui est essentielle. Mère d’une petite fille qu’elle élève seule, elle travaille comme masseuse dans un hôtel et ne gagne qu’un pourcentage sur ce que rapportent ses massages. Résultat, son salaire varie entre 300 et 400 euros selon les mois – moins que le salaire minimum, fixé à 475 euros. « Aujourd’hui, les gens sont pauvres même en travaillant car ils acceptent des emplois à n’importe quel prix », constate le président de Caritas Portugal.

Cure d’austérité

Parmi les clients de ce supermarché atypique, il y a aussi l’énergique Maria, 47 ans, dont le mari est au chômage et qui a deux filles adultes à charge. Elle est employée comme cuisinière par la mairie d’Evora depuis que des problèmes de dos l’ont contrainte à abandonner son métier de jardinier. Maria a subi de plein fouet les effets de l’austérité : son salaire de 700 euros a récemment été amputé de 15 euros – une somme, quand chaque sou compte.

Et la cure d’austérité ne fait que commencer : le projet de budget pour 2014 prévoit l’allongement du temps de travail hebdomadaire des fonctionnaires de 35 à 40 heures, des coupes de 10 % dans leurs pensions de retraite et des réductions de 2,5 % à 12 % pour les salaires mensuels supérieurs à 600 euros bruts.

Pour faire face à l’urgence sociale, la Conférence épiscopale portugaise a créé un “Fonds social solidaire” de 500 000 euros, confié à Caritas. Dans ce pays profondément catholique, si l’on ne meurt pas de faim, c’est en partie grâce à cet étroit partenariat de solidarité. « Chaque jour, de nouveaux pauvres viennent nous demander de l’aide », explique dans un bon français le père Adriano, qui officie dans une paroisse nichée au cœur d’un quartier résidentiel d’Evora. « Sans les nombreux bénévoles et les travailleurs sociaux de Caritas, on ne pourrait pas faire face. »

POUR ALLER PLUS LOIN

- Caritas Portugal en ligne

- L’apocalypse des travailleurs, Valter Hugo Mae, Éditions A.M. Metailie, Collection Bibliothèque portugaise

Marina Bellot
Crédits photos: © Sébastien Le Clézio/Secours Catholique
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