Prison : Véronique Fayet rencontre Adeline Hazan

Publié le 25/02/2015
 

Interview de Jean Caël, responsable du département Prison-Justice au Secours Catholique-Caritas France, suite à la rencontre de la présidente du Secours Catholique avec la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

Vous avez accompagné Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique-Caritas France, lors de sa rencontre avec Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Sur quoi ont porté les échanges ?

Les échanges ont été concrets et appréhendés dans leur dimension politique. Ils ont mis en lumière une large convergence de vue. Mme Hazan partage notre inquiétude quant à la surpopulation carcérale et ses conséquences sur la dignité des personnes détenues. Elle s’est dite favorable à un mécanisme de régulation des entrées/sorties de détention. En amont, remplacer les très courtes peines de prison par des sanctions alternatives permettrait de désengorger la détention.

Quant aux longues peines, le Secours Catholique s’interroge encore sur le sens que peut revêtir un maintien en détention de personnes très âgées. Adeline Hazan espère que les dispositions de la loi Taubira ouvrant la possibilité de suspension de peine puissent pleinement s’appliquer.

Nous avons également abordé la délicate situation des personnes qui ne peuvent pas bénéficier de permissions de sortir, faute de garanties extérieures, appuyant notre échange sur l’exemple de la délégation du Secours Catholique de Rennes qui a organisé un réseau de familles d’accueil permettant à des femmes détenues de pouvoir sortir le temps d’un week-end.

Enfin, nous avons également parlé de notre négociation avec l’administration pénitentiaire pour obtenir un statut d’« intervenant extérieur en détention » à nos bénévoles. La contrôleure générale nous a encouragés dans cette voie.

Avez-vous abordé les conditions de travail dans les prisons françaises ?

Prenant exemple sur l’Allemagne où les personnes détenues qui travaillent jouissent d’un salaire minimum et du droit à une assurance vieillesse, le Secours Catholique envisage un plaidoyer en ce sens à l’échelle européenne. À cet effet, des contacts avec Caritas Allemagne et d’autres Caritas sont en cours. Jacqueline Hazan nous a dit avoir réclamé une circulaire afin qu’un salaire minimum (45% du SMIC) soit effectivement appliqué dans les prisons françaises.

Malgré un contexte généralisé de chômage, l’objectif reste de réconcilier les personnes détenues avec la valeur travail, avec une rémunération correcte même inférieure au SMIC.

Mme Hazan est favorable à tendre vers l’application du droit du travail en détention. Le Secours Catholique souhaiterait voir émerger un droit d’expression collective en prison, à l’instar de ces 400 personnes détenues en Allemagne qui ont constitué un syndicat informel pour faire entendre leurs revendications.

Nous sommes persuadés que, bien préparée et encadrée, la possibilité de s’exprimer et de proposer des solutions adaptées à chaque contexte contribuera à pacifier les relations en détention. Ce qui est tant de l’intérêt des personnels pénitentiaires que des personnes détenues.

Jacques Duffaut
Crédits photos: Francois Lafite/Wostok Press/Maxppp
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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