RD Congo : urgence pour la paix

Publié le 04/09/2013
République démocratique du Congo
 

Sœur Marie-Bernard, membre de la commission Justice et Paix de la République démocratique du Congo (RDC), plaide pour la fin des violences et de la corruption, notamment dans l’Est, toujours sous le coup d’attaques rebelles.

L’ouverture des concertations nationales destinées à sortir la République démocratique du Congo d’une crise politique, sociale et sécuritaire a été reportée de mercredi à samedi 7 septembre.

Jeudi à Kampala, capitale de l’Ouganda, Joseph Kabila doit assister au 7e sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Conférence internationale sur la région des grands lacs (CIRGL). Celle-ci assure la médiation de la crise entre Kinshasa et le Mouvement du 23 mars (M23), actif depuis mai 2012 au Nord-Kivu, province riche et instable de l’Est de la RDC. Des experts de l’ONU accusent le Rwanda et l’Ouganda, voisins de la RDC, de soutenir le M23, ce qu’ils démentent.

Depuis le 23 août, l’armée et la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco) ont mené plusieurs offensives musclées contre le M23. La rébellion s’est retirée à une trentaine de kilomètres de Goma, capitale du Nord-Kivu, et appelle à la reprise du dialogue de sortie de crise à Kampala - au point mort depuis des mois.

Les derniers affrontements qui ont opposé les rebelles du mouvement du 23 Mars à l’armée congolaise et la Monusco à Goma, ont fait 13 morts parmi la population civile.

Trop de richesses tue la population

« Cette partie du pays est en proie à la violence depuis trop longtemps », confie sœur Marie-Bernard, secrétaire de la commission nationale de Justice et Paix en RDC. Pour la religieuse, la cause de cette guerre interminable tient aux richesses du sous-sol congolais. « Les multinationales et la population ne parlent pas le même langage, dit-elle. Nous parlons droit, partage, solidarité. Des concepts que les multinationales ne comprennent pas. »

Des lois bafouées

« Des lois existent dans notre pays, explique sœur Marie-Bernard, mais elles ne sont pas appliquées. Quand une entreprise arrive, il faut savoir quelle est la procédure à appliquer. Il y a un code minier mais la majorité des gens ne savent pas ce qu’il y a dedans. Il faut éduquer la population. Aussi les militaires agissent en toute illégalité dans l’intérêt et avec la complicité des multinationales et c’est la population qui en est victime. »

Sœur Marie-Bernard souhaiterait que la communauté internationale fasse pression sur les pays voisins qui alimentent la guerre, comme l’Ouganda et le Rwanda qui arment les rebelles. Elle aimerait aussi que la force d’interposition de la Monusco soit effective. Souvent, les extractions de minerais se font sur des terrains négociés avec les chefs de guerre pour obtenir une trêve.

Éducation à la paix

À son niveau, la commission Justice et Paix déploie plusieurs programmes depuis Kinshasa où elle est basée. En partie financés par le Secours Catholique, certains programmes promeuvent la réconciliation et la paix, en formant à la non violence et en adressant aux politiques des plaidoyers nationaux et internationaux.

Des élections locales en 2014

D’autres programmes visent à inculquer une éducation civique de base aux populations congolaises mais aussi aux fonctionnaires de l’État qui ne savent pas toujours à quoi correspondent les lois de décentralisation mises en place par la Constitution de 2010.

Dans l’optique des toute premières élections locales prévues en 2014, Justice et Paix (fort d’un réseau de quelque 47 commissions diocésaines, 1 500 commissions paroissiales et 2 500 comités locaux de gouvernance participative) met en lumière les enjeux de ces élections en précisant quelles seront les missions incombant aux futurs élus et en invitant les citoyens à contrôler la manière d’administrer le bien public.

Lutter contre la corruption

Pour sœur Marie-Bernard, la corruption et le manque d’éducation sont à l’origine des conflits dont souffre la RDC, mais, dit-elle, « la population ne sait pas toujours pourquoi elle souffre ». Un des programmes de Justice et Paix vise à lutter contre la corruption par le civisme fiscal. Ce programme, qui aurait séduit le ministre des Finances congolais, comporte plusieurs formations dont l’une permet « d’évaluer et d’entrevoir les bienfaits du bon fonctionnement des institutions ». Une formation à la culture fiscale permet « de suivre la manière dont l’argent de l’impôt est utilisé ».

Défendre la cause des femmes

D’autres programmes tendent à protéger les femmes congolaises, marginalisées, analphabètes à 70% et souvent victimes de violences sexuelles. Des « maisons d’écoute » recueillent les doléances de ces femmes à qui sont apportés des conseils pour acquérir une certaine autonomie sociale et économique. L’aide proposée aux femmes se traduit par des formations sur la santé communautaire, l’agriculture, l’agropastorale, la couture et même une formation socio-professionnelle pour devenir leader.

Jacques Duffaut
© Xavier Schwebel/Secours Catholique
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
Plus d'informations
Solidarité internationale et développement
# sur le même thème