Réfugiés : la « réinstallation » à l’ordre du jour en Europe

Publié le 02/04/2012
Europe
 

L’Union européenne augmente ses dotations financières aux pays membres qui acceptent de « réinstaller » chez eux des réfugiés vivant dans des camps à travers le monde. Caritas Europa (dont fait partie le Secours Catholique) plaide plutôt pour un changement d’attitude politique des pays européens, jusqu’à présent réticents.

Au total, 172 000 personnes ont un besoin urgent d’être « réinstallées », selon le chiffrage de l’ONU. Pour inciter les pays membres à accroître leur effort, l’Union européenne augmente son aide financière de 4 000 à 6 000 € par personne accueillie dans un État membre, la première année. L’aide sera encore de 5 000 € l’année suivante puis de 4 000 € la troisième année. Le budget du Fonds européen pour les réfugiés est de 62 millions d’euros pour la période 2008-2013. Il va être redéfini pour la phase 2014-2020.

L’Europe à la traîne

L’augmentation des aides individuelles fait suite aux accusations de députés européens sur la trop faible part prise par l’UE dans sa réponse aux besoins mondiaux de « réinstallation ». L’Europe n’a réinstallé que 4 700 personnes en 2010, soit 4,4 % de celles qui l’ont été cette année-là, loin derrière les États-Unis (54 000) et le Canada (près de 7 000).

Manque de volonté politique

Mais « plus que l’argent, c’est la volonté politique des gouvernements européens qui pose problème », estime Karolina Babicka, chargée de plaidoyer à Caritas Europa. C’est pourquoi, soutient-elle, il faut expliquer aux gouvernants que les chances d’intégration des personnes réinstallées sont bonnes. Partant d’un camp de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), elles ont le statut de réfugié dès leur arrivée, précise-t-elle, et ne sont pas soumises aux lourdes procédures et aux incertitudes des demandeurs d’asile. »

Avantage aux plus vulnérables

Le Vieux Continent devrait accueillir en priorité « les plus vulnérables, ceux pour lesquels il est très difficile de rester dans les camps », plaide Karolina : mineurs non accompagnés, enfants, femmes en situation difficile, malades… Or, jusqu’à présent, les pays d’accueil donnent la préférence aux jeunes, à ceux qui peuvent travailler.

France : au moins 2 500 personnes

Les pays membres ont jusqu’au 1er mai 2012 pour donner à la Commission l’estimation de leurs possibilités d’accueil en 2013. Leur politique d’hospitalité reste toutefois entièrement volontaire.

Concernant la France, la « réinstallation » au sens de l’UNHCR se limiterait pour le moment à quelques centaines par an. L’objectif pourrait être porté entre 2 500 et 5 000 personnes (20 000 pour toute l’Europe), selon la Commission des Églises pour les migrants en Europe.

Côté départ, les réfugiés irakiens, notamment en Syrie, congolais (RDC) au Burundi, afghans, somaliens, érythréens… sont prioritaires selon une liste communiquée par le Parlement européen. En Europe même, les réfugiés biélorusses, moldaves, ukrainiens, ont également priorité. S’y ajoutent les Égyptiens, les Tunisiens (qui ne sont toujours pas les bienvenus en France), et les Libyens, dont le pays est encore en proie à des désordres.

Jusqu’à présent, seuls 13 des 27 pays de l’Union, dont la France, ont un programme annuel de réinstallation. La Bulgarie promet de se joindre à eux l’année prochaine.

 

François Tcherkessoff
© Photoshot/Maxppp
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