Rencontre avec Apurbo Mrong, défenseur des Garos

Publié le 19/07/2017
Bangladesh
Rencontre avec Apurbo Mrong, défenseur des Garos
 

Directeur de Caritas Bangladesh pour la région de Mymensingh, Apurbo Mrong se bat pour défendre les droits de son peuple autochtone, les Garos, et d’abord celui de vivre sur les terres de leurs ancêtres.

“Habima”, tel est le nom que donnent les Garos à la forêt de Modhupur, dans le nord du Bangladesh. Il signifie “terre mère” dans leur langue.

« La forêt ne nous appartient pas, mais nous appartenons à la forêt, explique Apurbo Mrong, c’est dans notre culture de respecter et de protéger cette terre. » Une terre dont les 150 000 Garos du Bangladesh risquent d’être chassés. 

Depuis plus de cinquante ans, en effet, le gouvernement tente de faire de leur région une réserve forestière nationale. 1962, 1978, 1984, 2003 : régulièrement, l’État grignote la forêt, niant le fait que le peuple garo y vit depuis des siècles.

« Tout n’est que business, le gouvernement invoque le motif de l’écotourisme pour obtenir de l’argent de la Banque mondiale. Tout cela sans consulter les populations qui vivent sur ces terres, avec leurs maisons, les tombes de leurs ancêtres, leur propre système de culture par rotation… », se désole Apurbo Mrong.

 

La terre, c'est le premier droit. Ce n'est que le début du combat pour que cessent les discriminations.

 

Et pour décider les Garos à partir, le gouvernement les intimide en les accusant de détruire la forêt, leur intentant des procès montés de toutes pièces… alors que ce sont des agents de l’État qui coupent les arbres, explique Apurbo Mrong.

D’où un projet de Caritas Bangladesh, soutenu par le Secours Catholique, qui consiste à établir un relevé précis des terres du district de Modhupur grâce aux nouvelles technologies, afin de faire valoir les droits fonciers des Garos.

« La terre, c’est le premier droit. Pour avoir d’autres droits, faire un emprunt à la banque, par exemple, il nous faut un titre de propriété. Ce n’est que le début du combat pour que cessent les discriminations. »

Sauver leur culture

Apurbo Mrong cite le manque de centres de santé, de routes, d’électricité et aussi d’écoles. « On ne peut même pas apprendre à lire et à écrire dans notre propre langue, alors que c’est la base pour transmettre notre culture », déplore-t-il.

Une culture dont il est fier. D’origine tibéto-birmane, le peuple garo a un rapport privilégié avec la nature. En témoigne ce verre d’alcool de riz versé sur le sol, à titre d’offrande, avant de boire.

Ou la fête de Wangala, qui célèbre la fin des récoltes : les Garos offrent riz et légumes au dieu des semences, au son de tambours et de flûtes, le tout accompagné de danses.

« Dans le même temps, on prie Jésus, car nous sommes chrétiens depuis un peu plus de cent ans ! » précise-t-il. La société garo est matriarcale : c’est la fille, appelée “Nokna” qui hérite de la maison et de la terre. Son mari viendra vivre chez elle et elle transmettra son propre nom de famille aux enfants.

« Mrong est le nom de ma mère. Elle s’occupait seule de notre famille car mon père n’était jamais à la maison : sa vie, c’était son combat pour les Garos. »

 

Le gouvernement a commencé à construire un mur pour son projet d’éco-parc. On avait l’impression d’être des animaux dans un zoo.

 

L’envie de se battre, Apurbo la tient en effet d’Ajoy, son père, responsable de l’Organisation de protection des droits des indigènes de Modhupur. Il se souvient des meetings, des manifestations, mais aussi des chantages exercés sur son père (« ils ont essayé de l’acheter ») et de ses multiples séjours en prison.

« 2003 a été particulièrement difficile. Le gouvernement a commencé à construire un mur pour son projet d’éco-parc. On avait l’impression d’être des animaux dans un zoo. Quand mon père a finalement été libéré, ma mère m’a confié de l’argent pour que je lui achète des vêtements et qu’il puisse aller dans un hôtel se remettre en état et se rendre présentable. Elle m’avait dit : “Ramène-le avec honneur.” Ça m’a marqué ! »

Apurbo lui-même participe au mouvement de protestation pacifique en tant que leader d’une association étudiante. En janvier 2004, la police tire sur la foule, faisant un mort et une trentaine de blessés.

Le gouvernement interrompt la construction du mur. Cette même année, Apurbo rejoint Caritas en tant qu’assistant financier : « C’était un bon moyen pour moi de servir ma communauté », dit-il.

 

générations futures

Sur la trentaine de projets que conduit Caritas dans la région de Mymensingh, cinq visent en effet à défendre les droits des peuples autochtones, et en particulier des Garos.

Dix ans plus tard, Apurbo prend la direction du bureau régional de Mymensingh.

Son combat ne fait que commencer : « Nous devons encore défendre nos droits et notre culture pour les générations futures. Tout simplement pour qu’elles puissent continuer à vivre dans ce pays. »

Et de conclure : « Mon père m’a donné l’envie de faire quelque chose pour mon peuple. À mon tour, aujourd’hui, je veux la transmettre à mes deux fils. »

Cécile Lerclerc-Laurent
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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