Rentrée : « L’allocation scolaire est une bouffée d’air pour les familles »

Publié le 03/09/2013
France
Rentrée : « L’allocation scolaire est une bouffée d’air pour les familles »
 

Pour Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales du Secours Catholique, la réussite scolaire dépend aussi et surtout des conditions matérielles et psychologiques dans lesquelles les enfants évoluent.

La rentrée continue-t-elle à coûter cher ?

La rentrée scolaire d’une famille coûte forcement un petit peu chère. Si le matériel scolaire n’est plus le centre des dépenses – par exemple, certaines écoles prêtent les livres aux élèves – les fournitures comme les cartables, les vêtements adaptés continuent à demander un gros investissement. De plus, on ajoute à la liste de plus en plus tôt des calculatrices, des dictionnaires et autres objets qui alourdissent vite la facture.

Pour les familles en situation de précarité, la pression est aussi commerciale. On sait que presque tous les cartables peuvent être réutilisés plusieurs fois, tout comme les trousses. Mais aujourd’hui, un enfant qui arrive dans une nouvelle classe sans un accessoire un peu à la mode de l’année en cours peut vite être catalogué par ses camarades. Et les enfants ne sont pas toujours tendres les uns avec les autres…

Est-ce que l’allocation scolaire est adaptée pour aider les familles en précarité ?

L’allocation est une bonne bouffée d’air frais car elle couvre des frais de bases. De par son plafond élevé, elle touche des familles qui ne sont pas toute dans la pauvreté. On peut dire que c’est une mesure généreuse. Le plafond de revenus à avoir pour bénéficier de l’aide [1] paraît élevé mais, pour une mère ou un père célibataire, une fois le loyer et les charges retirées, le reste à vivre est faible.

Dans un petit budget, cette allocation est indispensable. Quant aux familles en précarité que nous accompagnons – vivants majoritairement sous le seuil de pauvreté, 970 euros – c’est une très grosse somme pour les aider.

Au-delà des fournitures scolaires, quelles sont les dépenses de rentrée qui peuvent fragiliser le budget ?

L’an dernier, le député Édouard Courtial avait demandé à contrôler l’allocation de rentrée et obliger les bénéficiaires à n’acheter que des fournitures scolaires. Des études ont depuis prouvé que seule une minorité – moins de 10% environ – l’utilisent pour d’autres buts.

Mais certaines dépenses peuvent apparaître comme « accessoires » alors qu’elles ne le sont pas. Si l’enfant rentre au collège ou au lycée, un ordinateur pour la famille n’est pas une fantaisie mais indispensable pour la bonne scolarité de l’enfant. Prendre un abonnement internet rentre dans la même logique. D’ailleurs, aujourd’hui dans plusieurs établissements, les parents ne peuvent prendre contact avec les professeurs qu’à travers le courrier électronique.

La réforme scolaire cette année a mis en place le soutien scolaire généralisé. Or certains établissements ne le proposent que payants. Il avait pour objectif d’être offert à tous les enfants, justement pour lutter contre les différences entre ceux qui peuvent payer des cours particuliers et les autres. Même si le coût est très bas (un ou deux euros par jour), pour des familles en difficulté, c’est énorme.

Enfin, la rentrée peut être l’occasion d’acheter un nouveau bureau, d’aménager l’espace habitable pour pouvoir y faire les devoirs. Permettre aux enfants d’aller à l’école n’est pas seulement une histoire de cahiers, cela implique aussi d’avoir des conditions de vie donnant la possibilité de travailler. Si l’allocation sert à aider cet aménagement, c’est aussi des « frais de rentrée ».

Au-delà de l’aspect financier, la rentrée est-elle aussi un temps fort pour les projets ?

Pour les familles en difficulté, la rentrée est un temps d’espoir énorme. Les parents en précarité sont peut-être vus par les professeurs comme peu présents pour la scolarité de leurs enfants, peu investi pour sa réussite scolaire, mais c’est souvent faux. Ces parents ne sont pas toujours à l’aise avec l’école mais ils fondent en elle un espoir démesuré.

Ils ont conscience que l’école peut apporter quelque chose à leurs enfants qu’eux-mêmes ne peuvent leur donner et que pour s’en sortir dans la vie, il faut l’école.

Quand l’attente est forte, la déception peut l’être aussi. C’est pourquoi c’est si important que le Secours Catholique soit présent en accompagnement scolaire, pour être auprès de ces parents qui veulent que leur enfant réussisse mais ne savent pas comment l’aider.

Notes:

[1] Plafond de ressources pour un enfant 23 687 euros par an, pour deux enfants 29 153 euros et pour trois enfants 34 619 euros.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Xavier Schwebel / Secours Catholique-Caritas France
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