Rentrée scolaire : pour une école qui corrige les inégalités

Rentrée scolaire : pour une école qui corrige les inégalités

Publié le 24/08/2016
France
 

Prendre en compte les réalités sociales, offrir une pédagogie adaptée à chaque enfant et ouvrir l’école aux parents : telles sont les pistes proposées par le Secours Catholique en cette rentrée 2016 pour lutter contre des inégalités scolaires croissantes.

Les évaluations internationales sont sans appel : le système éducatif français est le champion des inégalités, avec des écarts de réussite parmi les plus importants des pays riches*. L’Hexagone est aussi l’un des pays où les conditions socio-économiques pèsent le plus sur les performances des élèves, les inégalités sociales se muant en inégalités scolaires.

Une pédagogie inclusive et créative

« Le problème est, d’une part, pédagogique », analyse Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales au Secours Catholique. « Au nom de l’égalité, l’école refuse de prendre en compte les différences. Elle propose un moule unique qui crée des décalages dès la maternelle. » Le Secours Catholique se prononce pour une pédagogie « inclusive et créative, s’adaptant aux besoins de chacun et permettant à tous les enfants de s’investir et de s’épanouir ».

 

La peur et l’incompréhension règnent entre le corps éducatif et les parents en situation de précarité

Brigitte Alsberge

L’institution doit aussi se montrer plus attentive aux conditions dans lesquelles vivent les familles. « On doit s’interroger sur un enfant qui accumule les retards : il est peut-être tenu d’accompagner son petit frère à la maternelle tous les matins », souligne Brigitte Alsberge, qui plaide par ailleurs en faveur d’une restauration scolaire ouverte à tous les enfants sans restriction et pour une plus forte présence des assistants sociaux et infirmières scolaires dans les établissements.

Une collaboration plus étroite

Mieux connaître les réalités sociales des familles passe également par une collaboration plus étroite avec les parents. « La peur et l’incompréhension règnent entre le corps éducatif et les parents en situation de précarité, relève Brigitte Alsberge. Le dialogue et les liens doivent être renforcés et les parents davantage présents, collectivement, dans l’école. Le Secours Catholique peut accompagner cette dynamique. »

* Le rapport Innocenti 13 de l’Unicef sur le bien-être des enfants dans les pays riches, publié en avril 2016, classe la France 35e sur 37 pays en ce qui concerne les écarts de réussite scolaire.

 

Une pédagogie participative et diversifiée

« Il est facile d’apprendre, et cela est le plus souvent suffisant pour répondre aux questions posées ou pour prendre les décisions quotidiennes, mais s’en satisfaire, c’est accepter de se nourrir des miettes qui tombent de la table du banquet […]. Comprendre nécessite un effort parfois long et rebutant, mais cet effort permet de réellement goûter aux plats et de se réjouir de saveurs nouvelles. »

Albert Jacquard, généticien et humaniste

Commentaire de Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales au Secours Catholique : Il est important de permettre à tous les enfants, en lien avec leurs parents, d’avoir une meilleure compréhension de ce qu’ils apprennent. Comprendre demande de partir de là où chacun en est. Il s’agit donc d’entrer dans une pédagogie participative et diversifiée. L’implication des parents permettra de prolonger cette compréhension au sein de la famille.
 

1,2 million d'enfants vivent dans une famille pauvre en France, soit un enfant sur dix.

 

Ce chiffre, souligné en introduction du rapport Grande pauvreté et réussite scolaire, de Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale, paru en mai 2015 (et pour lequel le Secours Catholique a été auditionné), est d'autant plus préoccupant que la France est l'un des pays où l'origine sociale pèse le plus sur les destinées scolaires (lire plus bas).

« Comment entrer sereinement dans les apprentissages, interroge le rapport, quand on rencontre des difficultés pour se loger, pour se nourrir, pour s’habiller, pour se cultiver ? »

 

L'origine sociale pèse de plus en plus lourd

Depuis 2002, le poids de l’origine sociale sur les performances des élèves de 15 ans a augmenté de 33 %, d’après la dernière enquête internationale Pisa 2012.

La progression d’une unité de l’indice Pisa de statut économique, social et culturel entraînait en 2012 une augmentation du score des élèves en mathématique de 57 points, contre 43 points en 2003.

Les inégalités se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006. « En France, souligne l’enquête, lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement moins de chances de réussir qu’en 2003. »
 

Pour aller plus loin : « Scolarité et pauvreté : briser le cercle vicieux »

 

Favoriser l’ouverture au monde

Les inégalités scolaires reflètent en partie une inégalité dans l’ouverture au monde. Les enfants issus de familles pauvres partent moins en vacances et bénéficient moins souvent de sorties ou d’activités culturelles.

C’est pourquoi le Secours Catholique met en place localement, dans le cadre de son action d’accompagnement scolaire auprès de 6 000 enfants chaque année, des projets culturels.

Les équipes du Rhône, par exemple, ont monté un partenariat avec un musée autour d'un projet de film d’animation. Dans d'autres antennes, des groupes d’accompagnement scolaire organisent chaque trimestre des sorties culturelles avec les enfants et leurs parents.
 

Pour aller plus loin : « Enfance : permettre l'accès à la culture »

Clarisse Briot
Crédits photos : © Christophe Hargoues/Secours Catholique
Soutien scolaire à Saint-Médard-en-Jalles
Plus d'informations
Alphabétisation et accompagnement scolaire
# sur le même thème