Rentrée scolaire : retrouver le goût de l’école en jouant

Publié le 11/06/2015
Lyon
Centre Oasis de Wiltz au Luxembourg (Caritas Luxembourg). Cours de soutien scolaire pour enfants.
 

Depuis une quinzaine d’année, les bénévoles de la délégation du Secours Catholique du Rhône ont mis en place un accompagnement à la scolarité à domicile et basé sur le jeu. Une méthode qui rencontre un certain succès et inspire des délégations de toute la France.


Shukru, 8 ans, avait un problème avec l’écrit. Mais il était passionné d’ordinateur et de Pokemon. « Comme je n’y connaissais rien, je lui ai demandé de me raconter l’histoire… Il m’a imprimé des pages et des pages. Certes, truffées de fautes, mais il les avait écrites ! À partir de cela, on a pu travailler. »

Françoise Levoir fourmille d’exemples de ce genre. Orthophoniste, psychomotricienne et bénévole au Secours catholique, elle est l’auteure de Jouer pour réussir. Ce livre est issu de l’expérience accumulée depuis 15 ans dans la délégation du Secours Catholique du Rhône, où Françoise Levoir est la référente pour l’accompagnement à la scolarité de l’équipe d’animation territoriale Lyon Est. Elle en a témoigné déjà auprès de 26 délégations de toute la France.

« À Lyon, l’accompagnement se faisait autrefois à l’école. Nous avons transformé nos méthodes. » Privilégiant les familles en difficulté socio-économique, l’accompagnement est devenu individuel et mené au domicile des enfants. Il s’est aussi départi de l’aide aux devoirs au profit d’une approche globale.

C’est dans ce cadre que Françoise Levoir a introduit les méthodes ludiques. Des jeux d’orientation aux phrases à trous en passant par le Scrabble ou les dominos, son livre recèle de jeux autour de l’éveil de l’enfant, de la lecture et des mathématiques. Mais, au-delà des jeux estampillés, tout peut être prétexte à jouer.

Premier objectif : redonner le goût d’apprendre à des enfants qui sont en situation d’échec. « Le jeu réintroduit le plaisir. Or, là où l’on éprouve du plaisir, on peut réussir. Dans le cas de Shukru, je suis parti du domaine où il se sentait en confiance afin de l’amener dans ce domaine de l’écrit qui l’effrayait. Le plaisir motive, facilite la concentration et la mémorisation, il change le rapport au savoir et rend l’enfant actif et impliqué. » Plutôt qu’un enseignant, l’accompagnateur devient un partenaire, à égalité avec l’enfant.

Autonomie et discipline

Selon Françoise Levoir, le jeu transmet aussi directement des compétences : « À l’école, on ne demande pas aux enfants de tout savoir mais d’avoir de l’autonomie et de la discipline. C’est précisément ce que développe le jeu, où il apprend à observer, associer des idées, prendre des initiatives, anticiper… »

José Juan, accompagnateur et co-responsable des bénévoles du 6e arrondissement de Lyon, en fait l’expérience depuis deux ans avec Déreck, 14 ans, en difficultés en mathématiques. « C’est Déreck qui a proposé de jouer aux échecs, où il s’estimait bon joueur. En allant et venant entre les maths et les échecs, il a compris les notions de géométrie : le fou se déplace en diagonale, la reine en angle droit… Comme il les avait observées par lui-même, il était capable d’appliquer ces notions dans un exercice. »

Dans le 6e arrondissement, José Juan anime avec Bernard de Rivière une équipe de 35 bénévoles qui suivaient en juin 47 élèves — dont 32 garçons. Âgés de 6 à 12 ans au départ, ils sont accompagnés pendant deux ou trois ans. « Beaucoup de logements sociaux ont été construits dans le quartier et le bouche à oreille fonctionne bien, explique Bernard de Rivière. Nous avons dû constituer une liste d’attente car le nombre d’enfants progresse plus vite que celui des bénévoles. »

Ces bénévoles, majoritairement des femmes à la retraite, sont formés par la délégation et le Centre de ressources enfance famille école (Crefe) avant d’être présentés à la famille. « Aller dans les familles aide à recréer un climat de travail là où les enfants avaient l’habitude d’abandonner leur cartable au profit de la télévision, souligne Françoise Levoir. Et nous sommes plus proches des parents pour les conseiller et les impliquer. »

Une relation de qualité dont témoigne Nekhla Moufok, mère de trois filles entre le CE1 et la 6e. « Corinne, l’accompagnatrice, vient deux fois par semaine pour mes trois filles depuis janvier. Elle est dévouée et très complice avec elles, elle les pousse à faire des efforts, et quand elles travaillent : ça va mieux. » Nekhla Mouffok a demandé à poursuivre l’accompagnement. « Idéalement, cela prend fin lorsque nous sentons que l’enfant est autonome, conclut Bernard de Rivière. Nous ne sommes pas là pour les assister mais pour leur donner des outils, révéler leurs capacités et leur montrer qu’ils peuvent s’en servir. »

Pour aller plus loin :

Jouer pour réussir, accompagner un enfant dans sa scolarité , de Françoise Levoir et Dominique Boussand-Rio, Belin, 103 p., 9,65 €.

 

 

Adrien Bail
Crédits photos: © François Destoc/Le Télégramme/Photo PQR
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