Rio+20 : « Pas de développement durable sans justice sociale »

Publié le 20/06/2012
Brésil, Colombie
Rio+20 : « Pas de développement durable sans justice sociale »
 

Le Secours Catholique organisait, le 19 juin au Sommet des peuples à Rio, un séminaire sur l’accaparement des terres, notamment en Colombie, à la veille de l’ouverture officielle de la Conférence des Nations unies sur le développement durable.

En Colombie, 4,2 millions de personnes ont été déplacées de force de leurs terres. Malgré de nombreuses tentatives du gouvernement pour mettre en place une nouvelle réforme agraire, 70 % des terres restent encore aux mains de seulement 10 % de la population.

Antonio Madariaga, directeur de l’association colombienne « Vive la citoyenneté » et porte-parole de la plateforme des victimes de Bogota, estime que ce phénomène est étroitement lié à des intérêts économiques, militaires et politiques.

« Au niveau économique, la terre représente une ressource importante pour la culture de la feuille de coca, la Colombie étant le premier producteur et exportateur mondial de cocaïne. Par ailleurs, de nombreuses terres sont aux mains des paramilitaires, avec le soutien de certains hommes politiques », explique le militant colombien. Ce dernier se félicite toutefois de l’adoption d’une nouvelle loi en 2010 pour la réparation due aux victimes et la restitution des terres.

« Même si cette loi n’est pas parfaite, elle représente un immense pas en avant. Sa mise en application est compliquée par la […] guerre civile [qui] est toujours en cours. De nouvelles victimes sont faites chaque jour. Par ailleurs, la structure de cette loi est si complexe que l‘insuffisance institutionnelle et le manque de volonté politique freinent son application », commente Antonio.

Il reconnaît cependant l’implication, inégale, de certaines communes pour rendre justice aux victimes de déplacements forcés et d’accaparement des terres. Il souligne en particulier le cas de la municipalité de Bogota, qui a mis en place une véritable politique publique pour les victimes.

Programme public en faveur des victimes

Selma Asprilla, ancienne responsabile à la mairie de Bogota, est venue en témoigner. Celle-ci explique qu’un programme global et différencié en fonction de l’appartenance ethnique des victimes est assuré aux personnes déplacées à Bogota. « 96 % de la population déplacée est sans emploi, car elle avait pour habitude de travailler dans les champs. Par ailleurs, ces personnes n’ont aucun accès à la santé ni à l’éducation », assure-t-elle.

La ville a donc créé un Haut Conseil pour les droits des victimes et pour la paix et la réconciliation. Celui-ci a pour objectif de fournir une aide complète aux déplacés en ce qui concerne l’habitat, la santé, l’emploi, ainsi qu’un soutien psychologique et un accompagnement judiciaire. Pour rompre avec l’accaparement des terres, il faut une réelle volonté politique. Par ailleurs, le développement durable ne pourra se faire sans justice sociale » », avertit Selma Asprilla, en espérant attirer l’attention des chefs d’États qui sont arrivés à Rio+20 le 20 juin.

Le séminaire, qui a réuni une quarantaine de personnes de tous horizons, a soulevé plusieurs questions, notamment grâce à la participation de partenaires africains du Secours Catholique. Ainsi, alors que les énergies renouvelables sont promues par tous aujourd’hui, comment empêcher l’accaparement des terres dans les pays du Sud, accaparement qui perdurera avec la production d’agrocarburants ? Les participants au séminaire espèrent obtenir une réponse à leur question au cours du sommet officiel de Rio+20.

 

Clémence Richard
crédit : Élodie Perriot/SC
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