Roms : l’accès au travail, un chemin semé d’embûches

Publié le 24/05/2013
France, Roumanie
 

Dragomir, Daniela, Georges et Adela viennent tous les quatre d’un village du nord-ouest de la Roumanie. Depuis dix ans, ces deux jeunes hommes et leurs femmes partagent les mêmes bidonvilles français. Venus dans l’espoir de trouver une vie meilleure, ils n’ont cessé de chercher du travail, clé de leur intégration, sans succès.

Originaire d’un village du nord de la Roumanie, Adela n’était pas encore majeure et attendait son premier enfant quand elle est arrivée en France. Ici, elle pensait trouver un travail, avoir un appartement, et vivre une vie « normale », loin des discriminations dont elle, Rom, était victime dans son pays.

Dans les bidonvilles de la région parisienne où elle a rejoint son mari Georges, Adela a découvert ce qui allait devenir son quotidien : les baraques en bois, la boue, les insultes, les expulsions et la débrouille. « On m’avait dit qu’ici tout serait plus facile, que tout irait bien, mais ce n’est pas du tout comme ça que ça s’est passé », confie-t-elle.

Après avoir vécu pendant deux ans et demi dans une ancienne caserne de gendarmerie à Viry-Châtillon, en Essonne, où ses trois enfants sont toujours scolarisés, elle a vécu plus d’un an dans un hôtel social et a finalement été mise à la rue du jour au lendemain. C’est à ce moment-là, en novembre 2012, qu’elle a rejoint Dragomir et plusieurs autres de ses beaux-frères et belles-sœurs dans le bidonville de la RN7 à Ris-Orangis.

Elle y a construit sa baraque, fait installer un poêle et repris un semblant de vie avec en priorité – comme toujours depuis qu’elle est en France – la recherche d’un travail.

Pour Adela, comme pour Dragomir ou Georges, les chances de trouver un travail sont pourtant extrêmement réduites. Malgré l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne, les ressortissants de ces deux pays doivent posséder une autorisation de travail et n’ont accès qu’à une liste restreinte de 292 métiers.

En outre, leur employeur doit s’engager à verser à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) une taxe : pour un salaire brut équivalent au SMIC et un contrat d’un an, elle peut atteindre 806 euros. Deux contraintes très fortes qui les poussent à aller chercher de quoi survivre ailleurs, le plus souvent en exerçant des petits boulots non déclarés et peu payés.

Distribution de CV

À son arrivée au bidonville de Ris-Orangis, Adela a donc recommencé à déposer des CV dans les boulangeries alentour, les magasins, les supermarchés en espérant décrocher quelques heures de ménage.

C’est finalement une Parisienne, par relation, qui lui a proposé deux heures de ménage tous les quinze jours dans le nord de Paris. Elle s’y rend en RER, faisant plus de trois heures aller et retour. « Mais c’est déjà ça, tout ce que je veux c’est travailler, même si c’est loin », dit-elle avec le sourire.

Elle avoue faire la manche de temps en temps, mais jamais avec ses enfants. Elle insiste pour qu’ils aillent à l’école tous les jours et montre avec fierté leurs bulletins scolaires qui saluent leurs progrès au fil des mois. Son mari, Georges, 36 ans, les accompagne dès qu’il le peut pour soulager un peu sa femme. Mais le plus souvent, il est occupé à chercher du travail dans le bâtiment.

Au début de l’année, Georges a été embauché comme peintre à Montargis, dans le Loiret, pendant un mois, ce qui a permis de rapporter un peu d’argent. Sinon, il vend le journal des sans-abri dans le métro, acheté 80 centimes, et vendu 2 euros. Le risque est grand, car n’ayant pas d’autorisation officielle, il sera expulsé vers la Roumanie s’il se fait arrêter.

Avec son beau-frère, Dragomir, ils ramassent aussi des métaux dans les bennes sur les chantiers pour les vendre à un ferrailleur qui leur donne 15 centimes d’euros le kilo, 5 euros quand il s’agit de cuivre. « Mais ce n’est pas facile d’en trouver », souligne Dragomir.

Depuis quelques jours, la camionnette indispensable pour le transport des métaux est en panne, et il n’y a pas suffisamment d’argent pour la faire réparer ou en acheter une autre. Une rentrée d’argent en moins… Mais Dragomir refuse de faire la manche, de peur d’être arrêté et de ne pas pouvoir aller chercher ses filles à l’école.

Du coup, c’est sa femme Daniela qui mendie régulièrement. Une à deux fois par semaine, celle-ci s’installe aussi sur le marché de la porte de Clignancourt, au nord de Paris, à la sauvette, pour vendre vêtements et chaussures trouvés dans les poubelles et encore en bon état.

Tout cela leur permet de récolter quelques dizaines d’euros par mois pour payer le fioul des générateurs électriques du bidonville, acheter de la nourriture et envoyer de temps en temps de l’argent à leur famille restée en Roumanie. Évidemment, ce n’est pas suffisant… et Daniela n’en est pas fière : elle voudrait un emploi stable, « un vrai travail, sortir de la misère des bidonvilles et vivre comme tout le monde ».

Programme d’insertion

Le 3 avril dernier, au petit matin, les CRS sont venus frapper aux portes en bois des baraques pour demander aux habitants de quitter les lieux avant que les bulldozers ne viennent tout détruire.

Adela, Georges et leurs trois garçons ont été accueillis dans un hôtel social au nord de Paris pendant quelques jours. Ils viennent de rejoindre un bidonville à Grigny, dans l’Essonne. Et pour eux, il faut tout recommencer : la construction de la baraque, le poêle, la récupération de matelas, de vêtements et de meubles.

Avec l’aide de plusieurs associations, Adela, enceinte de six mois, refait également son CV et ne perd pas espoir de trouver un jour cet emploi qui lui permettra de vivre la vie dont elle rêve tant.

Quant à Daniela, Dragomir et leurs filles, la chance semble leur sourire puisqu’ils ont été choisis par la préfecture de l’Essonne pour faire partie d’un programme d’insertion. Ils ont d’ores et déjà été régularisés, ce qui signifie que les menaces d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et d’un retour forcé vers la Roumanie se sont enfin éloignées.

Dragomir a signé un contrat de travail et bientôt toute la famille se retrouvera durablement stabilisée sur l’ancien hippodrome de Ris-Orangis. Un grand pas de franchi vers cette intégration tellement souhaitée.

 


Le webdocumentaire La Valse des Roms

Daniela, Dragomir, Adela, Georges et bien d’autres Roms vous feront partager leur vie dans le webdocumentaire La Valse des Roms, qui sortira le 19 juin. Dans cette production réalisée par Média Solidaire en partenariat avec le Secours Catholique, ces témoins éclaireront les conditions de vie des Roms, mais aussi les désirs et les espoirs de cette population qui ne demande qu’à s’intégrer.

Retrouvez chaque semaine sur le site du Secours Catholique un extrait de La Valse des Roms en exclusivité. Vous pouvez aussi suivre l’évolution de la réalisation grâce à son compte Twitter et sa page Facebook.

Concepcion Alvarez, Matthieu Cotinat et Gautier Demouveaux
© Matthieu Cotinat/Secours Catholique
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