Roumanie : la population rom dans un dénuement extrême

Publié le 21/02/2014
France
 

Ildiko Nicusan et Orsolya Fulop sont toutes deux membres de Caritas Roumanie. Elles racontent le quotidien de cette population marginalisée dans leur pays, et détaillent les actions menées par leurs Caritas locales pour y remédier.

Inlassablement, l’actualité se charge de rappeler la situation critique dans laquelle se trouvent les Roms en France. Une fillette a ainsi perdu la vie le 12 février à la suite d’un incendie dans un camp à Bobigny.

La grande majorité des Roms présents en France viennent de Roumanie, « probablement plus de 90 % » » selon la commission nationale Roms du Secours Catholique. Ildiko Nicusan et Orsolya Fulop, respectivement membres de la Caritas Blaj et de la Caritas Satu Mare, en Roumanie, étaient présentes en France les 7 et 8 février à l’occasion d’un séminaire national du Secours Catholique sur la question des Roms. Elles en ont profité pour rappeler le dénuement extrême de ces populations en Roumanie.

Orsolya Fulop : La discrimination envers les Roms n’est pas une question d’ethnie mais de pauvreté

« La Caritas Satu Mare, pour laquelle je travaille, développe depuis 1992 des programmes d’aide à l’éducation des enfants pauvres, âgés de 3 à 16 ans [1]. Nos programmes s’adressent à toutes les communautés, sans distinction. Mais il se trouve que la population rom est la plus vulnérable dans la région de Satu Mare : 80 à 90 % des enfants que nous aidons en font partie. Dans certaines de leurs communautés autour de Satu Mare, moins d’une personne sur dix a un emploi.

Nous fournissons aux enfants des stylos, des cahiers, mais aussi parfois des vêtements chauds ou des chaussures pour qu’ils puissent se rendre à l’école, particulièrement lorsqu’il fait – 10° C l’hiver.

Les enfants aidés se rendent l’après-midi, après l’école, dans l’un des centres d’éducation que nous gérons, dans lequel nous les aidons à faire leurs devoirs. Nous offrons également un repas aux enfants qui n’ont pas de quoi s’acheter à manger.

Les enfants ne sont que rarement épaulés dans leur travail scolaire, leurs parents étant souvent illettrés. Une fois rentrés chez eux, certains écoliers n’ont ni chaise ni table devant laquelle s’asseoir pour faire leurs devoirs. D’autres ne peuvent pas se concentrer parce que la maison est trop bruyante : de fait, il est courant que plusieurs générations d’une même famille partagent le même domicile exigu.

Lorsque la saison des moissons arrive, certains enfants sont obligés d’arrêter l’école. Leurs parents travaillant dans les champs, ils leur demandent de rester à la maison pour veiller sur les plus jeunes.

Quatre ou cinq enfants roms que nous avons aidés sont allés jusqu’à l’université. L’un d’entre eux a même obtenu un doctorat en psychologie et travaille désormais pour notre Caritas. Ses parents, qui travaillent à l’usine, se sont donné énormément de mal pour qu’il réussisse.

La discrimination dont les Roms peuvent faire l’objet en Roumanie, par exemple à l’embauche, n’est pas due à une question de différence d’ethnie ou de culture. Ils sont d’abord stigmatisés parce qu’ils sont pauvres. La population voit qu’ils sont mal nourris, mal vêtus ou n’ont pas une bonne hygiène. Ceux qui réussissent ont même parfois honte de se dire Roms. Lorsqu’ils emménagent dans un quartier plus aisé, ils essayent de cacher leur origine à leurs voisins. »

Ildiko Nicusan : « Nous favorisons les rencontres culturelles entre Roms et non-Roms dans le village »

Ildiko Nicusan « Nous dirigeons un programme à destination de ces populations à Cetatea de Balta, village dans lequel un tiers des 3 000 habitants sont Roms. Durant la période communiste, les Roms vivaient à l’extérieur du village, en bordure des routes et des rues.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à vivre dans le village, en bonne harmonie avec les autres communautés. Mais il en reste encore une partie qui vit à la rue dans un état de grande pauvreté.

Nous avons aidé douze familles roms à construire et à rénover des maisons à l’intérieur du village, avec le soutien, notamment, d’Habitat-Cité et de Roms Action. Nous favorisons aussi les rencontres culturelles entre Roms et non-Roms dans le village et avons développé un partenariat avec le Secours Catholique du Var. Six familles roms installées à Toulon sont accompagnées par notre Caritas. Nous œuvrons pour qu’elles aient accès à une habitation en Roumanie. »


Séminaire national les 7 et 8 février

Un séminaire national sur la question de l’accompagnement des Roms, organisé par le Secours Catholique, s’est tenu les 7 et 8 février à Évry. Différents acteurs de terrain ont partagé leur expérience sur les questions de logement, de scolarisation, de santé ou encore d’emploi des Roms.

 

Notes:

[1] Ce programme est né pour enrayer la forte hausse du nombre d’enfants roms qui ont arrêté l’école après la chute du communisme en 1989. Ils ne sont d’ailleurs pas toujours vus d’un bon œil par les autres parents roumains. Certains vont jusqu’à retirer leur enfant des écoles qui accueillent les Roms.

Pierre Wolf-Mandroux
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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