Russie : « Des mineurs incarcérés voient leur avenir plus ouvert »

Publié le 05/01/2015
Russie
Russie : « Des mineurs incarcérés voient leur avenir plus ouvert »
 

À l’heure où le gouvernement français veut réformer la justice des mineurs, à Irkoutsk, début décembre, le commissaire régional des droits de l’enfant, le ministère du Développement social et de la Tutelle de la région de Trans-Baïkal, Caritas Russie, la Française Marie-José Marand-Michon, juge des enfants, entre autres, ont réfléchi sur ce thème. Almira Manapbaeva représentait le Secours Catholique-Caritas France.

Que retenez-vous, en premier lieu, de ce séminaire régional ?

En Russie, il n’y a pas de juge des enfants comme en France. Il y a une commission pour les mineurs et la protection des droits composée de travailleurs sociaux, de membres de l’administration pénitentiaire… D’où l’intérêt de la méthode de médiation développée par Juventa - association présente au séminaire, soutenue par le Secours Catholique, entre les parents et leurs enfants délinquants, en détention ou pas, et entre les familles et l’administration.

Cette méthode, innovante, s’appuie sur l’introduction de techniques de gestion des conflits. La procédure de médiation permet aux jeunes et à leurs familles d’exprimer leurs émotions et de comprendre les sentiments de la partie adverse. L’association se sert également d’ateliers de théâtre où des scènes de conflit sont jouées en impliquant les parents. Je retiens aussi du séminaire la bonne coopération dans la région d’Irkoutsk entre les autorités, l’administration pénitentiaire et Juventa.

Les débats dans l’atelier « Comment surmonter l’exclusion éducative dans les établissements pour mineurs ? » ont-ils permis d’ouvrir des pistes ?

Quatre recommandations, à vocation régionale, sont sorties des travaux :
-  former systématiquement aux valeurs familiales dans les écoles, les familles et les institutions ;
-  plutôt que d’accuser l’enfant en conflit avec la loi, privilégier une approche constructive, prendre en compte la globalité de sa personne ;
-  créer des centres de crise (gérés par l’État), animés par des juristes, psychologues, enseignants, travailleurs sociaux… ;
-  transmettre les connaissances sur la méthode de médiation Juventa à toutes les parties : familles, associations, pouvoirs publics… et la mettre en place afin d’aider les mineurs.

Autre atelier : « Comment travailler avec l’entourage des enfants exclus » ? On sait la fragilité des liens entre eux et leurs parents. Quelle(s) mesure(s) a été (ont été) proposée(s) ?

Il a été préconisé la création de groupes de parents. Une initiative, inédite en Russie, qui permettrait à ces derniers d’échanger entre eux, dans des écoles, sur les problèmes de comportement de leurs enfants, de parler avec des psychologues et des travailleurs sociaux et de se former dans le domaine psychosocial en s’appuyant sur ces professionnels.

Un représentant français de la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) participait au séminaire. Les responsables associatifs et institutionnels présents ont-ils envisagé de créer un « fil rouge » semblable à l’éducateur de la PJJ, au rôle central auprès du mineur ?

J’ai senti les responsables locaux très prudents sur ce point. Ils n’ont pas envisagé un tel « fil rouge ». Cela supposerait la révision de certaines lois et la création d’une nouvelle institution, ce qui serait compliqué en raison de la bureaucratie, du manque de financements disponibles…

Quelles sont les améliorations apportées aux mineurs par l’association Juventa ?

Le travail sur le lien familial effectué par Juventa [1] obtient des résultats. En 2014, elle a suivi près de 200 jeunes (développement de leurs capacités de communication et de leur aptitude à gérer les conflits de manière non-violente par des jeux de rôle, participation à des camps d’été) au centre de détention pour mineurs d’Angarsk. Les relations familiales se sont améliorées, ces condamnés, longtemps discriminés, voient leur avenir plus ouvert. En arrivant en prison, ils portaient une sorte de badge indiquant la nature de leurs crimes ou délits, maintenant ils portent simplement leurs noms. Autre résultat : le taux de criminalité des mineurs a baissé.

Un séminaire franco-russe Organisé à Irkoutsk, début décembre, il a réuni, entre autres, le commissaire régional pour les mineurs et la protection des droits de l’enfant, le ministère du Développement social et de la Tutelle de la région de Trans-Baïkal, l’association Juventa, Caritas Russie, et Caritas Albanie. Parmi les partenaires français étaient présents la vice-présidente du Tribunal de grande instance de Créteil, aussi juge des enfants, le pôle international de la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse, la commission nationale des Droits de l’homme...

Notes:

[1] elle aide environ 300 mineurs en conflit avec la loi dans la région d’Irkoutsk et dans la République de Bouriatie.

Yves Casalis
Crédits photos: © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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