Sahel : la crise alimentaire aggravée par plusieurs facteurs

Publié le 17/04/2012
Sahel
 

Une sécheresse sans pareil et des prix trop élevés risquent de faire basculer des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire au Sahel, région déjà fortement déstabilisée par des conflits. Le Secours Catholique lance un appel aux dons et soutient déjà les programmes mis en place sur le terrain par les Caritas nationales.

Une pluviométrie capricieuse, l’année dernière, est venue à bout de la campagne agricole sahélienne 2011-2012, largement déficitaire. Les organismes de l’Onu enregistrent une baisse de la production céréalière dans les pays du Sahel variant entre 9 % et 56 % par rapport à 2010. Par ailleurs, le manque d’eau rend la situation délicate pour les éleveurs de bétail en raison du mauvais développement des pâturages et du mauvais remplissage des points d’eau. Ces conditions désastreuses ont pour conséquence une transhumance précoce et perturbée.

Les prix ont augmenté jusqu’à 80 % dans certains pays sahéliens

Ajoutés à des conditions météorologiques désastreuses, les prix des denrées de bases très élevés depuis deux ans accentuent encore davantage la crise. Selon FewsNet, un système d’alerte contre la famine financé par l’USAID (United States Agency for International Development), les prix des céréales étaient au début de l’année entre 20 % et 40 % plus élevés que la normale au Niger, au Tchad et en Mauritanie, et entre 60 % et 80 % plus élevés en diverses parties du Mali et du Burkina Faso. Par ailleurs, FewsNet estime qu’en général les prix augmenteront de 0 à 5 % par mois entre avril et septembre, et atteindront des sommets en période de soudure. Généralement de mai à septembre, cette période, pic d’insécurité alimentaire, désigne l’intervalle entre le moment où les agriculteurs ont épuisé leurs réserves alimentaires et la période des récoltes. Cette année, la période de soudure avait déjà commencé en avril voire en mars dans certaines zones du Sahel.

Les réfugiés maliens, une pression supplémentaire sur les ressources

Par ailleurs, le conflit qui sévit au nord du Mali ne fait qu’aggraver la situation alimentaire. À l’intérieur du pays, plus de 63 000 personnes ont été déplacées. « Beaucoup d’entre elles sont hébergées dans des familles d’accueil, qui étaient déjà en difficulté alimentaire avant leur arrivée », alerte Gaston Goro, membre de Caritas Mali. Les pays voisins du Mali ont quant à eux déjà accueilli plus de 60 000 Maliens. Beaucoup d’entre eux sont des éleveurs accompagnés de leurs troupeaux, venant ainsi accroître la pression sur des pâturages dégradés par la sécheresse et sur les maigres ressources des familles.

La majorité des familles ont réduit le nombre de repas quotidiens

Ces facteurs désastreux, combinés à une pauvreté chronique, placent la population sahélienne face à l’incertitude quant à son avenir. Une grande majorité de ses habitants ne savent pas s’ils pourront mener à bien la prochaine campagne agricole, au vu du niveau bas, voire quasi nul, de semences qu’ils ont pu conserver. D’après une enquête réalisée par sept organisations auprès de communautés du Niger, environ 80 % des familles n’ont pas de semences en réserve pour la prochaine saison et 100 % disent avoir déjà réduit la quantité de nourriture consommée par jour.

Briser le cercle vicieux des crises alimentaires

« La situation est grave, mais si nous agissons sans attendre il n’est pas trop tard pour éviter le pire des scénarios », a déclaré le président de Caritas Internationalis, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga. L’organisation internationale, réseau de 162 Caritas nationales dont le Secours Catholique, mobilise tous ses membres afin de venir en aide aux Caritas du Sahel. Selon l’organisation onusienne pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « le vrai défi consiste à briser le cercle vicieux de crises alimentaires et nutritionnelles qui semblent frapper à intervalles toujours plus rapprochés des populations dont la résilience ne cesse de faiblir. »

Clémence Richard
© Élodie Perriot/SC
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