Sœur Geneviève : « Donner confiance »

Publié le 04/07/2013
Cambrai
 

Aider les plus démunis à retrouver leur autonomie, voila l’objectif de Sœur Geneviève, bénévole à Cambrai, dans le Nord. Bénévoles, salariés, personnes accueillies… Régulièrement, des acteurs du Secours Catholique prennent la plume et témoignent de leurs histoires, passées ou présentes.

« Accompagner, c’est accueillir, donner confiance à la personne qui vient vers vous. L’accompagnement commence souvent par un « état des lieux » de la situation, dans un climat de confiance, de façon que les personnes puissent dire leurs difficultés sans se sentir jugées. Après cette première étape, des solutions peuvent être suggérées, toutefois c’est la personne qui prendra la décision. Elle ne sera pas seule, elle pourra compter sur le ou la bénévole pour l’aider dans ses démarches.

Mon activité ne se résume pas seulement à distribuer des aides financières, même si cela passe parfois par une aide matérielle au départ. Mon objectif est que la personne puisse retrouver son autonomie, aller son chemin, après avoir surmonté ses difficultés.

Le piège du crédit revolving

En faisant le bilan d’une situation, je peux constater que depuis plusieurs années, le remboursement d’un crédit à la consommation de type revolving plombe le budget. Je propose un dossier de surendettement. Dans ce cadre, la dette peut être annulée selon le budget de la personne, quand la moyenne journalière « du reste à vivre » est inférieure à 5 euros.

La négociation directe

La personne arrive avec une facture impayée et élevée (électricité, gaz, assurances…). J’essaie alors de négocier le règlement de la facture en plusieurs mensualités auprès de l’organisme.

Selon le budget, un dossier sera déposé à la commission d’action sociale (CLAS) pour donner un coup de pouce au dernier versement. Cette aide encourage la famille à payer sa facture.

Les microcrédits

Parfois, la famille se présente avec la facture et le dernier avis de paiement avant la coupure des prestations du service. Quelquefois, le dossier est déjà au contentieux.

Selon la situation, nous étudions ensemble la possibilité d’un secours remboursable au Secours Catholique et les modalités de remboursement. Il est important d’expliquer à la personne l’importance de son engagement vis-à-vis du Secours Catholique. Le respect de son engagement va permettre à d’autres personnes de bénéficier aussi d’un secours remboursable. C’est ainsi que j’ai appris à tout négocier : assurances, appareils ménagers, compte bancaire bloqué, découvert bancaire, même du carburant pour permettre à une personne de se rendre à son travail !

J’ai remarqué que les secours remboursables du Secours Catholique ont pour effet d’engager les personnes et de les responsabiliser.

Apprendre à gérer un budget

Un jour, Charline, une bénévole du Secours Catholique, reçoit une demande d’aide d’une personne qu’elle connaît. Celle-ci a reçu un avis de coupure d’électricité, dans une période neigeuse, et est étonnée. Elle fait des démarches auprès [de divers organismes d’aide sociale], sans résultat positif. Elle m’appelle. Nous décidons d’intervenir ensemble auprès de la famille.

Très rapidement, nous rencontrons le père de famille qui est en arrêt maladie. Son épouse qui gère le budget est à son travail. Nous faisons le point avec les éléments en notre possession, mais nous ne comprenons pas bien la situation : les ressources semblent suffisantes (14 euros de moyenne journalière/personne « de reste à vivre ») – dans la réalité davantage – mais les factures n’étant pas payées.

[Nous entendons la demande d’aide du couple et] nous lui expliquons que cela sera possible à condition d’accepter de faire le budget avec tous les membres de la famille afin que tous se sentent concernés et engagés.

Nous contactons EDF pour négocier et éviter la coupure. Un versement immédiat de 270 € est demandé. Au cours de la semaine, un dossier est déposé à la CLAS dans le but d’obtenir un secours remboursable de 200 euros. La famille est chargée de verser le complément : les 70 euros. Le dossier de secours remboursable est accordé. « Normalement » il n’aurait pas dû l’être, au regard des revenus de référence, trop importants.

Nous avons accueilli, écouté la panique, la détresse de ce couple et nous leur avons fait confiance. Cette attitude nous a donné les éléments pour argumenter notre demande de secours remboursable.

Quelques jours plus tard, quand nous intervenons dans la famille, […] nous abordons l’étude du budget, les ressources, les dépenses et nous essayons de répertorier les dépenses : les incompressibles, les dépenses fixes (internet, portables avec blocage des forfaits), les dépenses courantes et les dépenses loisirs (il reste encore de l’argent pour le tabac et quelques loisirs pour les deux adolescentes).

À la question : « Vous sentez-vous serrés avec ce budget ? », les parents répondent « non ». Même la maman répond avec un grand sourire de soulagement. Les adolescentes ne se prononcent pas franchement, mais elles acceptent le budget. D’un commun accord, nous avons fixé la prochaine séance quinze jours plus tard pour faire le point sur le budget établi et comparer avec les [dépenses effectuées].

L’exercice a duré deux heures trente mais nous avons senti une vraie transformation entre le début de l’entretien où les tensions et les paroles étaient vives et la fin, où la parole circulait agréablement, le sourire était revenu sur les visages […]. Nous les quittons, la famille a retrouvé le sourire et le papa, soulagé, dit : « J’ai le moral. »

Pendant cette rencontre, j’ai senti que la relation de confiance avait dissipé les peurs et permis à chacun de s’impliquer et de donner le meilleur de lui-même. L’Esprit-Saint était à l’œuvre, en chacun de nous tous, c’était presque visible, au fur et à mesure du déroulement de l’entretien, les tensions tombaient. C’était la première fois que je tentais une telle aventure avec le soutien de Charline.

Nous avons vécu le même passage que les disciples sur le chemin d’Emmaüs. Le passage d’un mal à un bien, tous responsables. Une vraie Résurrection.

Soutien pour tous

Autre chose que j’apprécie particulièrement, personne n’est à l’abri « d’un pépin », le bénévole qui accompagne peut compter sur la délégation, il ne sera pas lâché, au contraire, il sera soutenu et accompagné. Si cela n’a pas toujours été [simple], aujourd’hui, je suis heureuse de servir au Secours Catholique. »

Sœur Geneviève

Retrouvez toutes les actions du Secours Catholique de Cambrai sur son site web et devenez, à votre tour, bénévole aux côtés de Sœur Geneviève.

 

© Xavier Schwebel/Secours Catholique
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