Soudan du Sud : le spectre de la guerre civile

Publié le 16/01/2014
Soudan du Sud
 

Trois ans après avoir fait sécession du Soudan, le Soudan du Sud s’entredéchire. La nouvelle Caritas nationale, épaulée par son réseau international, vient en aide aux populations déplacées.

Depuis le 15 décembre dernier, une trentaine de zones du Soudan du Sud connaissent des affrontements entre partisans du président Salva Kiir et ceux de l’ex-vice-président, Riek Machar. Kiir accuse Machar de coup d’État. Machar nie cette accusation et reproche à Kiir de vouloir éliminer ses rivaux.

Les anciens alliés de la guerre d’indépendance (qui avaient amené le sud du Soudan à la sécession en 2011 après une vingtaine d’années d’une lutte contre le pouvoir de Khartoum) sont à leur tour happés par une spirale de violences. Mi-janvier, on estimait que les combats avaient fait plus de 10 000 morts, que 400 000 personnes avaient fui leurs foyers et qu’environ 50 000 autres s’étaient réfugiées en Ouganda (32 000), au Soudan (10 000), en Éthiopie (6 000) ou au Kenya (4 000).

Le conflit est politique

« Le conflit est surtout politique, explique Quentin Peiffer, chargé des urgences internationales au Secours Catholique. Il a des conséquences ethniques, mais le conflit n’est pas ethnique. La preuve ? Lors de l’arrestation des personnes soupçonnées de fomenter un coup d’État, il y avait autant de Dinkas que de Nuers. » Les Dinkas (25 % de la population) et les Nuers sont les deux plus importantes ethnies, parmi des dizaines d’autres, à peupler le plus jeune des États du monde.

Les vieilles rivalités entre rebelles, devenus chefs politiques, se sont donc réveillées sur fond de corruption galopante, de vol éhonté de milliards de dollars de pétrole et d’accusations d’abus de pouvoir qu’auraient commis les forces de sécurité.

Les observateurs ont été surpris par la vitesse à laquelle le conflit s’est étendu et la brutalité des violences qui ont explosé entre communautés voisines. Toby Lanzer, chef des opérations humanitaires des Nations unies, déclarait au début de janvier : « Nous sommes face à une catastrophe humanitaire. »

L’accès aux populations réellement difficile

Les moyens d’accéder aux populations déplacées sont réellement ardus. Bien que nous soyons quelques semaines après la fin de la saison des pluies, les pistes (les routes asphaltées sont quasiment inexistantes) sont défoncées et difficilement praticables. Les agences des Nations unies et les différentes Caritas sur le terrain ont des difficultés à atteindre les populations déplacées.

Créée en 2011 lors de la scission en deux Soudans, la Caritas du Soudan du Sud (CSS) a commencé à apporter une aide d’urgence aux quelque 3 000 personnes qui se sont réfugiées aux abords de la cathédrale de Juba, la capitale. De leur côté, les Caritas américaine et anglaise (Catholic Relief Services - CRS - et Cafod) sont en train de se déployer sur le terrain. CRS est sur le point de mettre en place un programme d’aide d’urgence dans l’État de Jonglei (est du pays), le plus affecté par les combats.

L’espoir d’un apaisement viendra peut-être de l’Église dont le rôle de médiation a souvent été prépondérant et positif dans le passé. Forte de son ancrage et de son influence, l’Église du Soudan du Sud met en avant tout son poids pour servir de médiateur et tous ses efforts pour rétablir un dialogue entre les belligérants.

Jacques Duffaut
Crédits photos: © Élodie Perriot/Secours Catholique
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