Strasbourg : des femmes créatives investissent le marché de Noël

Publié le 21/12/2012
Grand Est
 

À Strasbourg, de multiples petits chalets de bois clair ont envahi la place Kléber depuis le 24 novembre pour le traditionnel marché de Noël. À l’ombre du sapin municipal haut de près de trente mètres, ce mercredi 19 décembre, Julie, bénévole de Caritas Alsace (la délégation alsacienne du Secours Catholique) et Jeanne, une des femmes accueillies par l’association, installent sur leur stand des sacs en crochet, des bonnets en laine, de longues écharpes, des petits chaussons pour bébé et des "bredle" faits maison (pâtisserie traditionnelle alsacienne). Jusqu’au vendredi 21 décembre, elles proposent à la vente les objets réalisés par leur groupe de femmes.

« Tout au long de l’année, nous sommes une quinzaine à nous retrouver le mercredi matin dans les locaux de la délégation pour faire du tricot, de la couture et parfois de la cuisine, raconte Julie, la seule bénévole du groupe. Les femmes qui viennent sont des personnes que le Secours Catholique accompagne dans leurs démarches administratives et avec une aide alimentaire. »

Ces femmes vivent souvent dans la précarité, ne sachant pas toujours où elles dormiront le soir et souffrant de la solitude pendant la journée. Grâce à ce groupe, elles redeviennent des "Femmes créatives" – nom qu’elles se sont données : elles expriment leur talent, s’épaulent et transmettent leur savoir-faire.

« Chaque objet a une histoire, ajoute Julie. Quand elles en finissent un, on peut lire sur leur visage qu’elles ne sont plus "celle qui s’est fait violée" ou "celle qui dort dehors" mais "celle qui vient de réaliser une œuvre". Elles retrouvent alors une certaine fierté. » On peut lire ce sentiment dans les yeux de Jeanne, alors qu’une touriste américaine vient de lui acheter un bonnet rose.

L’entraide

Derrière son stand, la jeune femme d’une quarantaine d’années sourit timidement aux passants. Arrivée d’Ossétie il y a trois ans, avec sa fille adolescente et son mari, elle ne parle pas très bien français… mais comprend toutes les blagues de Julie. « À l’image des populations qui fréquentent l’Espace accueil de jour de la rue Arc-en-ciel de Strasbourg, le groupe de femmes est majoritairement constitué de personnes d’origine étrangère, souligne Liza de Turckheim, animatrice et responsable de ce lieu. Beaucoup viennent d’Europe de l’Est, certaines d’Afrique noire et quelques-unes des Antilles. Cette initiative contribue à une synergie que l’on essaie de créer autour des différentes activités de l’Espace accueil. »

Par exemple, quand Zoubida est venue pour la première fois au groupe de femmes, cette jeune veuve n’arrêtait pas de pleurer. Au fur et à mesure, elle a partagé un sourire, une parole avec les autres. Quand le groupe Emploi de la Caritas Alsace lui a proposé un poste de femme de ménage, elle est arrivée un mercredi matin, très embêtée : « Je ne sais pas faire » a-t-elle dit à ses collègues du groupe. Julie se souvient encore de Zoubida, encouragée par les femmes du groupe, en train de s’entrainer à passer le balai dans les couloirs de la délégation.

La diversité au sein du groupe les amène à partager leur culture, en plus de leur inventivité. Une Sri-Lankaise a récemment ramassé plusieurs journaux pour les utiliser dans la création de sac, comme cela se fait dans son pays. Pour pallier à la fragilité du matériau, peu adapté au climat humide strasbourgeois, une femme du groupe a proposé de le plastifier.

Un bon repas

La créativité des participantes répond aussi à un besoin : le groupe n’a pas toujours assez de laine pour réaliser ses objets. En plus des appels à don de matériels, les "Femmes créatives" ont un budget annuel propre à leur activité, alimenté uniquement par les ventes du marché de Noël. C’est pourquoi, pendant les trois jours de présence de Caritas Alsace sur la place Kléber, les femmes du groupe se relaient toute la journée derrière le stand, épaulées par des bénévoles. Elles sont ainsi impliquées à part entière dans la destinée de leur création.

L’an dernier, avec les huit cents euros récoltés, elles ont acheté des aiguilles et du tissu ainsi que de la nourriture pour agrémenter leur rencontre tout au long de l’année. Cette fois, il leur faut une nouvelle machine à coudre. « Ensuite, elles veulent aller au restaurant », explique Liza de Turckheim. Et pas n’importe lequel : le restaurant solidaire situé en face de la délégation, Les 7 pains, ouvert par la Fédération de charité dont fait partie Caritas Alsace. Elles ont l’habitude de manger dans "la salle du bas", qui accueille gratuitement les familles démunies. « Elles veulent s’installer à l’étage, là où le restaurant solidaire propose un menu à prix unique (12,50 euros) qui contribue au financement de toute la structure. C’est leur conception du luxe », conclut Liza de Turckheim.

Sophie Lebrun
Crédit : Xavier Schwebel/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
Plus d'informations
Lien social et lutte contre l'isolement
# sur le même thème