Syrie : Caritas Jordanie sur le front

Publié le 31/10/2013
Jordanie, Syrie
 

Depuis quarante-cinq ans, la Caritas agit en Jordanie auprès des réfugiés palestiniens et irakiens, mais également auprès de la population locale. La crise syrienne, qui est devenue une véritable guerre, a poussé l’organisation à s’adapter très rapidement.

Il y a quarante-cinq ans, le prince Hassan a demandé directement au Vatican la venue dans son pays de la Caritas. Depuis, l’organisation caritative catholique travaille en collaboration avec le gouvernement jordanien, les ministères et ONG locales sur de nombreux domaines : distribution de nourriture, de biens matériels, aide à l’éducation, aides médicales et juridiques…

En 2011, Caritas Jordanie s’apprêtait à lancer une grande stratégie d’opération auprès des réfugiés irakiens, représentant un demi-million de personnes en Jordanie. Mais la crise syrienne a bousculé tous les plans. Les projets ont été stoppés pour faire face à ce nouvel afflux massif de réfugiés dans un pays pauvre en eau et en infrastructures.

En deux ans, l’équipe est passée de 100 à 250 salariés, tandis que les volontaires sont 1 200. Parmi eux, des Syriens comme Bassam, rencontré dans un centre d’enregistrement : « J’ai reçu cette aide de la part de Caritas, et je voulais mettre mon énergie au profit de ceux qui arrivent. Il y a deux ans, personne n’aurait pensé devenir réfugié et vivre dans ces conditions atroces. Avant nous vivions correctement, ici nous ne pouvons pas travailler, et le retour est impossible pour l’instant : nous avons besoin les uns des autres. »

Un camp de 130 000 personnes

Le flux est continu depuis juin 2011, et Caritas s’applique à être présente auprès de tous ces réfugiés quelles que soient leurs conditions d’entrée. Leur première intervention est à la frontière syrienne elle-même : l’organisme recueille ceux qui arrivent par les points de contrôle réguliers, mais également ceux contrôlés par l’Armée syrienne libre (ASL). « Nous avons même négocié avec l’armée syrienne pour qu’il n’y ait aucune attaque lors des passages illégaux de la frontière », explique Oumar, chargé des urgences pour Caritas Jordanie.

Quelque 600 000 Syriens sont enregistrés par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), mais le gouvernement estime désormais leur nombre à 1,3 million pour une population de 6 millions d’habitants. « Beaucoup d’entre eux ne s’enregistrent pas par peur que leurs noms circulent auprès des rebelles ou de l’armée régulière », poursuit Oumar.

Au nord du pays, un camp immense, le deuxième plus grand au monde après un camp kenyan, s’est installé depuis juillet 2012. C’est le camp de Zaatari, qui compte 130 000 personnes !

Caritas n’intervient pas dans le camp par choix, explique son directeur, Wael : « Le camp est immense et sa gestion est difficile parce qu’elle est centralisée. Ces réfugiés ne représentent que 10 % de la totalité et les autres vivent dans les villes ou villages et leurs besoins sont aussi énormes. »

La vie dans ce camp est particulièrement difficile, comme le disent les nombreux réfugiés qui y ont séjourné avant de le quitter rapidement : « C’était intenable, nous sommes les uns sur les autres, c’est immense, rien n’est accessible et ce n’est pas très sûr », témoigne une jeune femme, qui a eu la chance de n’y rester que quatre jours grâce à une connaissance qui l’a accueillie.

La scolarisation indispensable

Afin d’affiner leurs performances dans le règlement de ces situations d’une précarité alarmante, les salariés et bénévoles visitent chaque jour 100 familles avant de rédiger des rapports dans lesquels ils listent les besoins précis et les attentes. Jimy est arrivée avec sa sœur et deux neveux. Elle rêve « d’un avenir calme et apaisé », en attendant, dit-elle, « Caritas est la seule joie que nous ayons ».

Une de leurs grandes préoccupations est l’éducation parce qu’elle est la principale inquiétude des parents qui arrivent. La génération privée d’école est celle qui fera la Syrie de demain, son instruction est absolument nécessaire.

« Environ 150 000 enfants sont scolarisés par le gouvernement, mais il faut pour cela être enregistré, et fournir le dossier scolaire de l’enfant, précise Ouma. Beaucoup de parents sont incapables de remplir ces conditions, sans compter ensuite que les programmes scolaires diffèrent d’un pays à l’autre, ce qui rend l’intégration dans les écoles compliquée. »

« Nos enfants ont peur »

À Zgharta, Caritas intervient dans une école également adaptée aux besoins de cette crise syrienne : deux jours par semaine, les élèves jordaniens quittent l’école à midi afin de prêter leurs locaux aux petits Syriens qui suivent alors des cours d’arabe, d’anglais et de mathématiques. Pendant qu’ils défilent au tableau pour aller résoudre les divisions posées par leur maîtresse, leurs mères sont au sous-sol pour une rencontre avec la psychologue. Cette dernière répond à leurs questions concernant les traumatismes de leurs enfants.

« Nos enfants ont peur, c’est évident, ils sursautent chaque fois qu’une porte claque », confie l’une d’elle. Une autre acquiesce et ajoute : « Ils n’oublieront jamais la guerre, surtout avec cette période d’instabilité loin de nos maisons et nos familles. »

L’aide que nécessite cette vie précaire est aussi matérielle. Dehors, devant l’école, des volontaires distribuent des matelas, couvertures, oreillers et bon d’achats. « Nous leur donnons des bons qu’ils peuvent utiliser dans les supermarchés voisins, c’est une façon de les laisser choisir ce qu’ils veulent, et de participer, comme les Jordaniens, à la vie de la ville », explique Dana, salariée de Caritas Jordanie.

Les initiatives caritatives se multiplient alors même que la Jordanie est durement éprouvée économiquement et socialement par cet afflux massif de Syriens qui vient s’ajouter aux 500 000 Irakiens, et aux 2 millions de Palestiniens.

Charlotte d’Ornellas
© Patrick Nicholson/Caritas Internationalis
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