Tchad : des banques de céréales contre la famine

Publié le 24/09/2014
Tchad
 

Chargé de programmes au pôle Urgences internationales du Secours Catholique, Amir Jenane dresse un diagnostic alarmant de la situation alimentaire au centre du Tchad. Pour ce connaisseur du développement agricole, la mise en place dans la zone d’un système d’alerte performant et de banques de céréales peut permettre d’anticiper ces crises récurrentes.

Une fois de plus, les tensions alimentaires sont fortes dans une partie du pays. Que se passe-t-il exactement ?

Depuis une quinzaine d’années tout le Sahel est affecté, tous les trois ou cinq ans, par une “méga crise” alimentaire. C’est le cas cette année, au centre du Tchad, dans une partie des régions du Wadi Fira, Kanem et Bahr El Ghazal. Les récoltes obtenues en 2013 ayant été mauvaises, des milliers d’habitants ont faim : la quantité et la qualité de la nourriture baissent (le déficit pluviométrique entraîne un déficit agricole). Et la population s’appauvrit. Beaucoup de personnes démunies vendent leur cheptel, quand ils en ont.

Faut-il incriminer dans cette situation le changement climatique ?

Oui, c’est évident ! Ce phénomène se manifeste par des sécheresses récurrentes (la dernière, sévère, a eu lieu en 2011) et des inondations localisées. Mais il faut aussi souligner que l’État, trop faible, ne fait pas de la lutte contre les aléas climatiques sa priorité. Par conséquent, il n’est pas en mesure d’engager une politique efficace dans ce domaine.

Comment redonner de l’espoir aux populations de ces régions ?

Les Caritas locales réfléchissent, avec l’appui du Secours Catholique, à la façon de mieux répondre aux urgences de ce type. Première possibilité : installer un système d’alerte performant (car, quand ils existent dans ces régions, ils ne sont pas à la hauteur). Ce qui signifie collecter des informations sur les aléas climatiques (relevé pluviométrique, état des berges…), sur l’organisation du marché (prix des principales céréales : mil et sorgho), sur les voies de communication (par exemple, un pont devenu inutilisable)…

Seconde mesure à l’étude pour faciliter la résilience (capacité de surmonter les épreuves) des villageois face aux chocs alimentaires : le développement des banques de céréales (aussi appelées greniers communautaires) qui existent dans cette région à travers une augmentation de leur capital et une meilleure gestion.

Ces deux mesures permettraient d’anticiper les crises alimentaires récurrentes en positionnant des banques de céréales – comme c’est déjà le cas à Mongo, à l’est de Ndjamena, la capitale – dans tous les villages tchadiens des zones sahéliennes. Car ils sont assez loin des centres de stockage.

Yves Casalis
Crédits photos : ©Caritas Suisse
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