Togo : de l’or bleu pour la région des Savanes

Publié le 16/07/2013
Togo
Togo : de l’or bleu pour la région des Savanes
 

Depuis plus de soixante ans, l’association des Jeunes et adultes ruraux catholiques (Jarc), partenaire du Secours Catholique, soutient les villageois des zones isolées au nord du Togo, délaissées par l’État. En créant des accès à l’eau potable, elle incite les habitants à s’organiser collectivement.

Sur un plateau pierreux où ne poussent que quelques arbres, le chemin de terre ocre qui mène au village de Nanoukounkouog est à peine plus large que le pneu d’une moto. Cette région montagneuse située au nord du Togo, près de la ville de Dapaong, est éloignée des réseaux routiers, déjà peu développés dans cette partie du pays. Elle est de surcroît très aride. Trouver de l’eau saine y est, pour ses habitants, une préoccupation quotidienne.

Pour éviter de boire l’eau de la rivière, nous avons essayé de creuser un puits nous-mêmes, sans succès.

Gané Douti, habitant de Nanoukounkouog.

Il y a quatre ans, Gané Douti a alors décidé de créer un groupement pour construire une pompe après avoir entendu parler de l’association des Jeunes et adultes ruraux catholiques (Jarc) et du soutien qu’elle apporte à ces initiatives.

La Jarc accompagne les villages isolés

Depuis 1961, la Jarc, membre de l’Organisation de la charité pour le développement intégral-Caritas Dapaong, accompagne les villages isolés dans leur accès à l’eau potable.

« Nous avons créé notre organisation pour répondre au manque criant d’eau dans la région, explique le père Éloi Name, gestionnaire de la Jarc. Dans les années 1960, Mgr Henrion, premier évêque de notre diocèse, missionnaire français, recevait beaucoup de sollicitations des villageois. Il a alors proposé aux habitants de se réunir en petit groupe par village, pour réfléchir à des solutions. En retour, il s’engageait à chercher avec eux le financement des ouvrages nécessaires. »

Aujourd’hui encore, tout soutien de la Jarc à un projet est conditionné à un regroupement villageois, d’au moins trois ans, avant de pouvoir faire une demande d’aide matérielle. « La base de notre méthode, c’est la solidarité ! » s’exclame le père Éloi.

C’est avec la vente des premières récoltes de maïs et de sorgho que les habitants de Nanoukounkouog ont pu financer la part du village dans l’investissement de l’aménagement hydraulique : 160 000 francs CFA, soit 240 euros. Le reste des fonds (6 millions de francs CFA) a été apporté par des partenaires, comme le Secours Catholique et la fondation Caritas.

 

L’eau, un enjeu économique majeur

Au-delà de l’accès à l’eau, il y a pour les habitants un enjeu économique. À Sissiek, plusieurs femmes sont à l’origine de la demande d’accès à l’eau potable. Depuis l’installation d’une pompe hydraulique l’an dernier, une douzaine d’entre elles ont créé une production artisanale de bière de mil.

Avec six bassines payées 200 francs CFA, certaines gagnent jusqu’à 9 000 francs CFA (13 euros) par mois, une somme très importante ici.

Laré Lamboni, membre du comité qui gère le puits.

Là encore, la dynamique collective a été forte, instaurant une coopération entre hommes et femmes. « En 2012, de décembre à avril, sept hommes du village ont travaillé à la construction de notre pompe, poursuit Laré Lamboni. Grâce au savoir-faire des puisatiers de la Jarc, nous avons appris et nous avons creusé, parfois même avec de la dynamite. »

Formations en comptabilité, mécanique ou hygiène

Puits ou pompe hydraulique, la Jarc complète toujours un apport matériel avec des formations pour les membres des comités de gestion de l’eau. Les présidents apprennent à gérer un groupe, les secrétaires à tenir les cahiers des réunions, les trésorières à encaisser les cotisations des utilisateurs du puits, les hygiénistes à assurer sa propreté, les mécaniciens à vérifier les pièces... « Par eux, les connaissances se propagent dans le village », observe Valentin Jalombi, coordonnateur des projets de la Jarc.

L’association propose également dans chaque village une formation sur l’eau potable et la manière de la préserver. La majorité des habitants étant illettrés, les animateurs s’appuient sur la pédagogie de l’image.

Enfin, l’association défend le développement intégral de la personne, insiste Jean-Baptiste Tchantaga, président des groupements de la Jarc.

Nous touchons la vie d’un paysan dans son ensemble et notre objectif est qu’il devienne son propre agent de développement.

Jean-Baptiste Tchantaga, président des groupements de la Jarc

 

Les Jeunes et adultes ruraux catholiques en chiffres

Depuis 1961, 7 462 membres de la Jarc constituent 514 groupements de villageois autonomes.

Plus de 1 300 points d’accès à l’eau potable ont été réalisés par la Jarc.

Entre 2010 et 2013, le Secours Catholique a soutenu
15 forages, 30 puits neufs et 15 latrines
avec l’aide financière de la communauté urbaine de Lyon et la Lyonnaise des eaux.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Elodie Perriot/Secours Catholique
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