Tour d’horizon : citoyens de toutes voix, exprimez-vous !

Publié le 20/02/2014
Tour d’horizon : citoyens de toutes voix, exprimez-vous !
 

Certains vont porter des interpellations précises aux candidats, d’autres échangent seulement entre eux. À l’approche des élections municipales, qui auront lieu les 23 et 30 mars dans toute la France, les groupes locaux du Secours Catholique s’interrogent sur l’engagement citoyen.

Au milieu de la petite salle paroissiale d’Avesnes-les-Aubert, près de Cambrai, Amélie, animatrice du Secours Catholique, fait semblant d’ouvrir une porte et salue trois femmes qui à leur tour font semblant d’entrer dans un bureau. « Bonjour, je suis Amélie, candidate à la mairie de cette ville. À qui ai-je l’honneur ? » Florence annonce, en lui serrant la main : « Bonjour, nous sommes des membres du groupe Zéro solitude. Nous venons nous présenter et vous exposer nos idées pour la ville. »

Ce mardi après-midi, pour la dizaine d’hommes et de femmes qui fréquentent les rencontres conviviales du Secours Catholique de cette commune d’environ 3 600 habitants, c’est la répétition générale. Ils s’entraînent à rencontrer un candidat ou une candidate aux élections municipales.

Une réflexion sur l’engagement citoyen

Depuis juin dernier, ils échangent sur leur rôle de citoyens et sur les besoins auxquels la future équipe municipale pourra peut-être répondre. Florence, Anne-Marie, Annie, Monique, David, Daniel et Dominique ne se sont pas rencontrés à l’occasion des élections. « Ce groupe a été créé il y a cinq ans pour lutter contre la solitude, pour qu’existe un espace où l’on se parle », explique Dominique, qui est à l’origine du groupe et qui tient la permanence du Secours Catholique dans la commune. Et les après-midi sont d’habitude remplis d’activités manuelles.

Dans la plupart des délégations du Secours Catholique, c’est cette même formule qui a été proposée : s’appuyer sur des groupes existants, ayant déjà des liens amicaux, et leur donner la possibilité d’ouvrir une réflexion sur l’engagement citoyen et l’interpellation des politiques.

« La politique, ça signifie la vie de la Cité, souligne Marc Bulteau, délégué de Savoie, et le Secours Catholique se veut un acteur de la scène politique dans le sens noble du terme. » Il a choisi de former une trentaine de personnes participant aux groupes conviviaux, un vendredi de janvier, pour que « cela essaime ». Au programme : identifier les compétences de la mairie à travers des photos que chacun commente – tout le monde a reconnu le logo du Centre communal d’action sociale (CCAS) –, proposer des revendications à partir de son vécu – une participante venue du massif des Bauges a souligné le besoin de déneiger plus rapidement pour éviter aux personnes déjà isolées de l’être encore plus –, et enfin réaliser une écharpe aux trois couleurs de la République portant les demandes de chacun.

Le « pouvoir agir »

Pour Viviane, cette approche la « touche directement. C’est intéressant. » Au fur et à mesure des discussions du groupe, elle a donné son avis : « Dans mon village, le maire est très accessible. » Mais cette femme de 59 ans, qui travaille comme accompagnatrice d’une dame atteinte d’Alzheimer, a aussi des améliorations à proposer à sa municipalité : « Plus de lien social entre les gens ! » Quand on lui demande si elle a l’impression de faire de la politique en s’investissant ainsi, la réponse fuse : « La politique c’est pour ceux qui s’y connaissent, ceux qui sont capables, ceux qui sont des leaders. Moi, je n’en suis pas. »

« Pourtant, c’est profondément de la politique, mais pas politicienne, observe Marc Bulteau. L’objectif est de montrer aux bénévoles et aux personnes accueillies leur “pouvoir d’agir” sur le monde politique. »

Qu’est-ce qu’être citoyen ?

À Toulon, l’interpellation des candidats n’est pas encore prévue. Ce n’était d’ailleurs pas un objectif premier de la démarche mise en œuvre. Quatre groupes de partage de parole et d’accueil de jour ont commencé, il y a quelques mois, à s’interroger sur le thème « Être citoyen, c’est quoi pour moi ? »

« Une animatrice a été vraiment étonnée, car lorsqu’elle a proposé cette réflexion, une personne constamment silencieuse s’est mise à participer, se souvient Gonzague de Fombelle, animateur du Secours Catholique du Var. Le fait d’avoir proposé cela dans des locaux où les personnes ont l’habitude de venir a rassuré et mis en confiance. »

Beaucoup de témoignages ont été recueillis. Il s’agit maintenant de les faire vivre et connaître. Ce sera peut-être par le biais d’un concert : « Des musiciens d’un des accueils de jour ont monté un groupe de rock et l’un d’entre eux essaie de composer une chanson avec des paroles recueillies, explique Gonzague de Fonbelle. On envisage aussi de leur donner de la visibilité lors de la Semaine contre les discriminations, en mars. Nous y allons doucement, nous prévoyons des actions sur trois ans. »

À Avesnes-les-Aubert, les personnes en situation de précarité qui se mobilisent pour les élections des 23 et 30 mars prochains ont elles aussi hérité de cette volonté de vivre l’expérience citoyenne sur le long terme, comme en témoigne Florence : « On va continuer à s’interroger, même après ces élections. Maintenant on ne peut plus s’arrêter. »

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Lionel Charrier-Myop/Secours Catholique
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