Ukraine : la Caritas soutient la société civile en lutte pour ses droits

Publié le 14/02/2014
Ukraine
Ukraine : la Caritas soutient la société civile en lutte pour ses droits
 

Comment Caritas Ukraine a réagi à la crise politique qui touche le pays ?

La situation actuelle en Ukraine concerne tout le monde, tous les citoyens, toutes les institutions et bien entendu la Caritas. En tant que service d’Église (Caritas Ukraine a été créée en 1991 par l’Église gréco-catholique, de rite oriental), nous nous devons d’être auprès des personnes qui se battent pour leurs droits. C’est pourquoi nous avons pris une position très claire : nous demandons une vraie justice sociale, des procédés démocratiques et la fin de la corruption qui mine notre pays.

Nous ne sommes pas descendus dans la rue, car cela relève du choix individuel de chacun, mais nous pensons important d’appuyer les revendications de ceux qui y sont. L’enjeu aujourd’hui est de répondre à un gouvernement qui tente de porter atteinte aux droits civiques des personnes et de les empêcher de s’exprimer.

Vous parlez d’un besoin urgent de justice sociale.

En effet, depuis l’indépendance de l’Ukraine, en 1991, la répartition des richesses dans notre pays n’est pas du tout équilibrée. Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches. Et les gens n’ont pas de moyen de lutter contre ce mécanisme.

Face à la corruption systématique, l’espoir de chacun est mis à mal : impossible d’ouvrir un commerce ou de monter son entreprise sans payer quelqu’un en sous-main. Avec de tels symptômes, notre pays ne peut se développer et l’espoir d’un avenir meilleur est amoindri.

Aujourd’hui, les citoyens ne manifestent pas contre le gouvernement, ils manifestent pour des droits, pour des principes et des valeurs. Et ces derniers sont ceux et celles que les Chrétiens doivent promouvoir partout : la solidarité, la subsidiarité et le bien commun. C’est la pensée sociale du christianisme.

C’est pourquoi l’Église gréco-catholique tout comme le pape François ont exprimé leur soutien à un dialogue démocratique renouvelé dans notre pays (voir ci-dessous).

Avez-vous été témoin des manifestations ?

Plusieurs fois, j’ai été sur les lieux de confrontations. Je reste marqué par le courage et la détermination que j’ai lue dans le regard des manifestants. Même sous la pression de la police, ils tiennent et continuent à défendre leur premier droit : celui de pouvoir manifester pacifiquement, de pouvoir s’exprimer. Certes nous sommes dans un système démocratique mais je crois que c’est la première fois que je vois se lever la société civile. Et elle a réagi pour éviter un retour à des pratiques dictatoriales.

J’ai aussi été étonné positivement par la manière dont les manifestants se sont organisés, pour se nourrir, pour les aspects logistiques… Dans la rue aujourd’hui, se croisent et cohabitent des personnes de toutes origines sociales, de toutes religions, des jeunes comme des anciens, des stars de la musique comme des prêtres ou des politiciens.

Face à la situation, la Caritas est-elle en mesure de fonctionner ?

Tout à fait. Nous n’avons pas eu de restrictions dans nos actions quotidiennes. Nous agissons dans plusieurs domaines : l’accompagnement des personnes âgées, le suivi et l’aide aux personnes atteintes par le sida, le développement de programme de soutien pour les familles ainsi que les jeunes vivant dans la rue. L’une de nos priorités est le travail autour des migrations. Beaucoup d’Ukrainiens partent travailler à l’étranger, nous recevons alors des grands-parents qui doivent élever leurs petits-enfants seuls ou des familles brisées par la distance. Nous essayons d’offrir une solution de retour à ceux qui sont partis mais n’ont pas les moyens de revenir en Ukraine.

Propos recueillis par Sophie Lebrun


« Nous sommes aux côtés des blessés, des oppressés, des harcelés et des humiliés »

L’Église gréco-catholique, majoritaire en Ukraine, s’engage très clairement auprès des manifestants depuis quelques semaines.

« Nous exprimons notre profonde sympathie aux familles de ceux qui ont péri [5 personnes ont perdu la vie lors d’affrontement entre la police et les manifestants] (…), nous exprimons notre solidarité aux familles de ceux qui sont persécutés, nous sommes aux côtés de ceux qui sont blessés, oppressés, harcelés et humiliés. » Le 3 février, les évêques de l’Église gréco-catholique ont lancé un appel à rejoindre les manifestants : « Aujourd’hui notre voix rejoint celles de millions de citoyens ukrainiens qui plaident pour la vérité et la justice (…). » Leur demande continue en insistant sur la non-violence, recommandant que tous, quelle que soit leur position, « cesse[nt] le bain de sang ». Face à la situation, les évêques ont proposé aux églises et aux monastères de mettre en place des jeûnes et des prières pour que un meilleur avenir pour la nation.

Quelques jours avant, le 26 janvier, devant plusieurs Ukrainiens habitant Rome rassemblés sur la place Saint-Pierre, le pape François avait déclaré : « Je souhaite un dialogue constructif entre les institutions et la société civile et que, sans usage de la force, l’esprit de la paix et la recherche du bien commun prévalent dans les cœurs de tous. »

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