Vannes : une équipe contre la précarité

Publié le 09/09/2014
Vannes
 

Organiser, motiver, rassurer… Les missions d’un responsable d’équipe sont multiples. Reportage à Vannes, où l’équipe locale compte 35 bénévoles.

« Assurer l’organisation de l’équipe et favoriser des liens de qualité entre tous » : Jean-Eudes Tougais résume ainsi son rôle de responsable d’équipe au sein du Secours Catholique de Vannes. Cet ancien directeur d’école assume cette mission avec enthousiasme depuis quatre ans – « et pas pour combler le vide de la retraite ! » précise-t-il.

En ce jeudi après-midi de juin, il s’affaire avec une petite dizaine de bénévoles à préparer le thé et le café que partageront des Vannetais en quête d’un peu de convivialité. Avant même l’ouverture de la porte, ils sont déjà une poignée d’habitués à attendre. « Quoi de neuf ? » lance une bénévole à l’un d’eux. « Rien que du vieux ! » répond, rigolard, l’intéressé. « Lui, c’est Michel, 70 ans, indique Jean-Eudes. La première fois qu’il est venu ici, il était timide, craintif. Aujourd’hui, il a trouvé sa place. On l’a vu grandir. »

Voilà le genre de réussite collective dont l’équipe de bénévoles est fière. Ils sont 35, retraités pour la plupart, à s’être engagés au Secours Catholique de Vannes. « Anciens médecins, professeurs, commerçants ou sans profession, tous les profils sont représentés », précise Jean-Eudes.

Tous se relaient à l’accueil convivial qui se tient quatre après-midi par semaine. Et même si le grand local un peu sombre n’est pas des plus chaleureux, comme le regrette Jean-Eudes, c’est un véritable lieu de rendez-vous pour de nombreuses personnes en difficulté. Un groupe de jeunes, des mères et leurs enfants, des retraités… Durant tout l’après-midi se déroule un joyeux ballet d’allées et venues.

Un peu à l’écart de l’agitation, deux bénévoles de longue date, Mado et Francine, discutent en triant des piles de vêtements multicolores. Bienvenue au vestiaire : ici, chacun peut venir étoffer sa garde-robe pour des prix plus que raisonnables. « Le vestiaire est souvent vu comme une activité distributive et sans valeur ajoutée, observe Jean-Eudes. Or ici, c’est le lieu où des liens se créent entre bénévoles et accueillis. »

« C’est parfois un prétexte pour venir discuter, confirme Mado. Loin du groupe, certains se sentent plus à l’aise et nous confient des choses qu’ils ne diraient pas ailleurs. »

Cette confiance permet à certains de faire une demande d’entretien individuel – un cap parfois difficile à franchir. « Cela peut être pour obtenir une aide – alimentaire ou financière, ou encore un coup de main pour déménager – ou simplement dire ce que l’on a sur le cœur. De nombreuses personnes accueillis sont dans une grande fragilité psychologique », constate Jean-Eudes.

Pour mener des entretiens individuels, « il faut une capacité d’écoute et surtout de distance », souligne-t-il. Or tous les bénévoles ne sont pas armés pour faire face aux situations de détresse. « Certains peuvent être trop dans l’affect, ce qui peut mener à des erreurs d’appréciation. Voilà pourquoi les entretiens se font toujours à deux bénévoles. »

Motiver ses troupes

Au quotidien, Jean-Eudes s’emploie à mettre en valeur les compétences de chacun et à favoriser l’entente entre tous. Il décide, par exemple, de la composition des groupes qui se relaient chaque jour à l’accueil. Objectif : « Qu’il y ait une complémentarité entre les bénévoles, mais aussi une bonne ambiance. La qualité du vivre-ensemble est essentielle, pour l’équipe comme pour les personnes accueillies. »

Le responsable d’équipe doit parfois remotiver ses troupes : « L’autre jour, une bénévole de 80 ans m’a paru soucieuse. Nous nous sommes isolés et elle m’a confié qu’elle se sentait trop âgée pour continuer à aider… Elle se dévalorisait. » Une semaine plus tard, la vieille dame semble avoir repris confiance.

Rassurer donc, mais aussi… gérer les conflits. Car certains sujets sont très sensibles : « Les plus anciens ont par exemple du mal à accepter qu’une personne accueillie puisse devenir bénévole. Il y a aussi chez certains des a priori sur les migrants. C’est à moi de favoriser les évolutions nécessaires. Cela passe souvent par des discussions sur le sens de ce que l’on fait. »

Jean-Eudes lui-même ne s’exempte pas de critiques : « J’ai notamment du mal à mettre en place des moments de recul avec l’équipe au complet. C’est difficile de se parler à 35… Et puis certains sont réticents, comme cet ancien chef d’un service de cardiologie qui ne veut plus entendre parler de réunions ! » Parmi les défis qu’il s’est fixé : faire venir les jeunes, encore peu nombreux dans l’équipe. Ce ne sera pas le plus simple à relever.

Marina Bellot
Crédits photos: © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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