Liban : « Tout le monde s’attend au pire »

Publié le 05/09/2013
Liban
Liban : « Tout le monde s’attend au pire »
 

Les États-Unis ont annoncé en début de semaine dernière qu’ils pourraient intervenir militairement en Syrie. Cela a-t-il eu un impact sur l’afflux de réfugiés au Liban ?

Oui, il y a eu un mouvement de panique liée aux déclarations des États-Unis. D’après le bureau du Centre des migrants situé à Masnaa, à la frontière syro-libanaise, 20 000 personnes sont entrées au Liban pour la seule journée de jeudi dernier avec des pics de 1 000 personnes certaines heures, ce qui représente plus de 10 fois la moyenne habituelle.

Au Liban aussi la population est très inquiète. Une intervention militaire en Syrie aurait d’énormes répercussions sur la région, notamment au Liban où des vagues de Syriens viendraient chercher refuge dans le pays qui commence à être saturé. Avec les récents attentats et maintenant cette menace d’intervention, on s’attend tous au pire…

La crise semble atteindre un paroxysme… Comment se prépare Caritas à faire face aux prochaines semaines ?

Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU [le HCR, qui enregistre les réfugiés et coordonne l’aide, ndlr] prépare un plan d’urgence et a contacté toutes les ONG présentes au Liban pour savoir ce qu’elles peuvent débloquer pour faire face à l’afflux de réfugiés (colis alimentaires, couvertures, kits d’hygiène, etc.), car nous nous attendons à de gros afflux de Syriens vers le Liban, surtout si l’intervention militaire a lieu.

Nous sommes face à une grave crise humanitaire à laquelle il est de plus en plus difficile de faire face, car les fonds manquent. Même le HCR va être obligé de réduire son aide : avant, 100 % des personnes enregistrées recevaient une assistance. À partir d’octobre, seuls 70 % des réfugiés, les plus vulnérables, en bénéficieront.

Comment expliquer la faiblesse des dons face à une crise humanitaire de cette ampleur ?

Les gens ont le sentiment que cela ne les concerne pas, et puis il y a une lassitude car cela fait deux ans que la crise dure… Les médias jouent aussi un rôle là-dedans : la dernière fois que je suis rentrée en France, en avril dernier, j’ai trouvé qu’ils évoquaient très peu l’aspect humanitaire de la situation. Les personnes à qui j’en ai parlé n’avaient aucune idée de l’ampleur de la crise. Même au Liban, à Beyrouth, beaucoup de gens n’ont aucune idée de ce qu’il se passe. C’est facile d’oublier…

C’est triste car les histoires rencontrées ici sont dramatiques. Les gens partent de chez eux sans rien, ils abandonnent tout derrière eux. Ceux qui n’ont pas pu emporter leur passeport doivent passer la frontière illégalement ou sont refoulés, et sont parfois victimes de chantage par des Libanais…

Une fois sur place, quelles sont les conditions de vie des réfugiés syriens ?

Il y a de plus en plus de gens et de moins de moins de place, les conditions de vie sont donc de plus en plus difficiles. Dans les camps notamment, les conditions d’hygiène sont très mauvaises. Beaucoup de maladies se propagent comme la galle, la leishmaniose (une maladie à manifestation cutanée transmise par certains moustiques) et toutes les maladies liées à l’eau insalubre ou aux problèmes d’hygiène comme les poux. Et puis, les réfugiés savent qu’on ne pourra pas contenir tout le monde – le Liban est un tout petit pays et la situation économique est de plus en plus difficile – et sont inquiets pour l’avenir.

L’an dernier, Caritas a dû faire face à un rude hiver. Commencez-vous à vous y préparer ?

La difficulté que nous avions était de préparer les réfugiés à la pluie et au froid. Cette année, l’hiver risque d’être encore pire. Nous sommes au début de septembre mais les ONG commencent déjà à s’inquiéter. Comme l’an passé, Caritas va mettre en place des projets d’assistance humanitaire comprenant outre les colis alimentaires et les kits d’hygiène, des couvertures, des chauffages, ainsi que des plastiques pour protéger les tentes de l’humidité et du froid.

Nous continuons par ailleurs notre assistance aux nouveaux arrivants et notre travail d’identification des personnes les plus vulnérables afin de leur apporter une assistance le plus rapidement possible après leur arrivée au Liban.

Face à cet afflux, quelle est la politique du gouvernement libanais ?

Le gouvernement est inquiet des tentatives de déstabilisation du Liban et la sécurité a été très renforcée ces derniers jours. Il n’a pas officiellement réduit les entrées dans le pays, mais dans les faits il est de plus en plus difficile de passer. Récemment j’ai entendu dire que beaucoup de réfugiés sont refusés aux frontières parce que leurs passeports sont déchirés ou simplement abîmés. Il arrive même que les autorités aux frontières en Syrie abîment ou déchirent elles-mêmes les papiers d’identité des Syriens pour qu’ils soient refoulés… Politiquement, la situation est très complexe au Liban. Il est donc difficile pour le gouvernement de garder une neutralité pour éviter l’importation du conflit.

Propos recueillis par Marina Bellot

Retrouvez l’ensemble de notre dossier sur la crise syrienne en cliquant ici.

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© Hombeline Dulière/Caritas Liban
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